1994-1996

Début juillet: Retour à Sudbury alors qu'on s'installe dans notre maison rue David. Retrouver nos «vieilles pantoufles» pourrait laisser croire que tout redeviendra comme avant, mais c'est loin d'être le cas. Étienne demeure encore un mystère puisqu'il reste en Afrique pendant encore six semaines. Micheline, de son côté, doit composer avec les contrecoups de la rédaction de thèse de doctorat qu'elle devra aller défendre à Montpellier en septembre. Quant à moi, qui ai vécu loin des contraintes de l'enseignement et de la vie départementale, j'envisage avec effroi ce retour à la Laurentienne. De son côté, Marjolaine, qui a véritablement découvert son père biologique en Afrique, doit s'habituer à vivre avec deux pères. Dès notre arrivée, elle me signale son désarroi: elle qui, avant le départ pour la France s'assoyait toujours à côté de moi pendant les repas, s'assoit dorénavant à côté de sa mère de l'autre côté de la table. Moi qui n'ai eu ni père ni mère pendant quelques années, comment comprendre une jeune fille qui a deux pères!

Ma famille maternelle est particulièrement présente en cet été 1994. Ma mère, sa sœur Jeanine, mes cousines Renée et Claude et une de leurs amies viennent de Joliette nous rendre visite. Nous irons souvent cueillir des bleuets sur le campus de la Laurentienne et on passe alors des moments agréables.

6 août: Ma grand-mère Émilienne fête ses 90 ans à Joliette et je me rends avec Marjolaine et Louis-Philippe tandis que Micheline doit aller récupérer notre belle Westphalia à la douane canadienne. Ma mère, mes deux oncles, Réjean et Jean-Guy, mes tantes Laurianne et Jeanine entourent Émilienne.

Parmi mes cours d'automne, un seul est techniquement nouveau, celui de l'histoire américaine de ses débuts jusqu'à 1865. N'ayant jamais donné ce cours à la Laurentienne je peux prétendre qu'il est nouveau et qu'il m'occupe beaucoup, bien que je l'ai offert à Winnipeg, deux ans auparavant. Cet été-là, je ne peux pas dire que j'ai consacré beaucoup de temps dans mes préparations de cours, ce qui m'a permis de participer à ces rencontre familiales.

Ce que Micheline et moi ramenons de cette sabbatique en France, c'est le goût de faire différent à commencer par cueillir des champignons. À ce chapitre, Josette sera notre première guide et nous montrera le plaisir de reconnaître et de cueillir des cèpes, le boletus chippewaensis, que son chum Geoff apprête à la bordelaise de magnifique façon. C'est ainsi que Micheline et moi amorçons tout doucement un intérêt pour les champignons qui dure encore aujourd'hui.

13 août: Étienne nous revient. Il a beaucoup grandi et tient sa chambre à 30 Celsius tellement il a froid. S'il a quitté l'Afrique, l'Afrique, elle, ne l'a pas encore quitté! Quant à son attitude vis-à-vis de moi, elle n'a pas changé et c'est tant mieux.

18-20 septembre: Avec Josette, Micheline part pour la France afin d'aller soutenir sa thèse. À Toulouse, elles louent une voiture et se rendent chez Jacques et Renée. Le 22 septembre, à l'Université Paul-Valéry de Montpellier, elle soutient avec succès sa thèse devant quelques spectateurs dont Jacques, Renée, Josette et Laure Hesbois, une collègue du département de français qui a pris sa retraite en France. Jeanne-Marie, sa directrice de thèse, est fière de sa première étudiante au doctorat. Maintenant qu'elle peut signer Ph. D., Micheline sait que sa demande de permanence n'est plus qu'une simple formalité. Si je suis fière pour elle, ma blonde n'a pas du tout le même sentiment, n'ayant jamais souhaité faire une carrière universitaire.

Profitant de mon travail effectué pendant ma sabbatique sur l'histoire forestière, je rédige une demande de subvention sur une étude de la sous-traitance à partir des registres forestiers des districts de North Bay et de Sudbury. D'abord adressée au CRSH, elle est ensuite soumise à l'Université Laurentienne dans le cadre de son concours interne . Si celle envoyée à Ottawa connaîtra un échec qui me rappelera la nécessité de rester humble, celle du concours interne sera couronnée de succès, de même que celle que j'adresserai un peu plus tard à l'Institut franco-ontarien.

8 octobre: Finalement le livre sur l'histoire de l'ACFO voit le jour! Il est lancé d'abord pour la communauté, rue King à l'ancien cinéma Alouette. J'y prononce un discours de circonstance que j'ai, comme d'habitude, mémorisé. Les gens de l'ACFO du grand Sudbury sont sur place, tout comme Gaétan Gervais et quelques autres leaders de la communauté. Les auteurs étudiants et moi signons des autographes. Sur place, je leur ai demandé de m'écrire chacun une dédicace dans deux exemplaires que je conserve toujours précieusement. Pour l'occasion, Micheline et moi les recevons à la maison pour souper et quelques photographies sont prises pour immortaliser ce livre qui demeure, à mes yeux, le mieux réussi de mes projets de livre historique communautaire.

13 octobre: L'ACFO veut faire les choses en grand et un autre lancement est organisé à l'Université Laurentienne au 11e étage du Parker. Le groupe musical «En Bref» fait les frais de la musique. D'autres autographes sont signés et plusieurs collègues viennent sur place dont Dieter et Geoff. Si les équipes d'historiens des précédents livres comptaient de grand talent, pensons à celui du TNO, il faut convenir avec du recul que cette équipe était aussi fort talentueuse si on considère que l'un d'eux est en 2015 recteur du Collège universitaire de Hearst et qu'un autre est professeur d'histoire à l'Université d'Ottawa.

Novembre: Après avoir transmis la même demande de subvention sur la sous-traitance forestière à l'Institut franco-ontarien, je réfléchis à un projet de livre sur les mineurs de la région de Sudbury. Cette étape est importante car elle marque une diversification de mes champs d'érudition et profite assurément de mes lectures en histoire minière lors de ma sabbatique.

16 novembre: En tant que représentant de la faculté des sciences sociales au Conseil de l'enseignement en français de l'Université Laurentienne, je milite en faveur d'un plus grand engagement politique du CEF qui a tendance, à mes yeux, à se contenter d'un rôle administratif passif. Des notes que j'avais préparées en vue d'une rencontre sur le rôle de la présidence du CEF ont été préservées et soulignent mon engagement. En même temps, cela souligne une divergence de plus en plus grande entre moi et le vice-recteur associé aux programmes et services en français, Gratien Allaire. Divergence qui était apparue au grand jour dès septembre quand il fallut organiser une rencontre pour accueillir les nouveaux professeurs francophones que je pensais être de sa responsabilité et que j'ai dû, devant son refus de s'en mêler, tenir chez moi.

22 novembre: Je fais parvenir à Jean-Pierre Pichette de la Société historique du Nouvel-Ontario le canevas d'un projet de livre d'histoire minière impliquant d'autres étudiants. Deux mémoires de baccalauréat, notamment celui de Karey Reilly, et le matériel tiré du mémoire de maîtrise de Paul constitueraient la matière du livre. Je promets alors un manuscrit complet pour la fin février 1995, comptant comme d'habitude sur Micheline pour une révision générale et méticuleuse des textes.

29 novembre : Comme le veut la pratique universitaire, les étudiants et étudiantes d'histoire canadienne en 1re année évaluent, ce jour-là, mon cours qui se termine en décembre. Et afin de bien garantir l'anonymat, les règles exigent que je quitte la classe avant qu'ils aient commencé à compléter un formulaire. Parmi les étudiants et étudiantes présents, beaucoup laissent un commentaire qui nous sont transmis plus tard avec les résultats de l'évaluation. Ces commentaires fort élogieux me confortent dans mon idée que l'enseignement reste un beau métier. Considérant la nouveauté pédagogique introduite dans tous mes plans de cours de septembre, nouveauté qui consistait à leur faire signer une lettre qui m'autorisait à leur donner ZÉRO pour tout travail remis en retard, les évaluations reçues demeurent plus que positives. Ce document me rappelle en même temps mon obsession pour la ponctualité et l'importance pour la clientèle étudiante d'apprendre à bien gérer leur temps de travail.

Décembre: Je n'ai pas de souvenir précis des Fêtes de cette année-là. Sans doute que Micheline et moi sommes descendus avec les enfants à Montréal pour Noël afin de rendre visite à la famille. Quelques jours avant le Jour de l'An, nous sommes remontés à Sudbury afin d'accueillir Normand et sa famille venus passer quelques jours... pour mon plus grand bonheur.

1995

Janvier : Comme le voulait la pratique établie depuis quelques années, je pars avec Dieter et Graeme passer une fin de semaine au chalet de ce dernier. Le chalet est confortable sans toutefois avoir l'électricité. Au cours de cette fin de semaine je discute avec Dieter de mon projet de livre sur les mineurs de Sudbury. Je lui montre quelques descriptions détaillées d'accidents miniers que je compte insérer dans l'article de Paulette Gosselin. Mais devant la table des matières du manuscrit, Dieter me souligne son malaise à voir mon nom comme premier auteur pour l'article de Paul et moi. Et tout de suite je lui donne raison.

27 janvier: Impliqué dans le Regroupement des professeurs francophones, je donne un coup de main à Yvan Morais, son président, pour préparer une réunion qui doit se tenir le 27 janvier et pour laquelle j'ai rédigé l'ordre du jour. À ma demande, Gaétan Gervais y fait, ce jour-là, une présentation sur la nécessité d'une université franco-ontarienne devant plus d'une cinquantaine de professeurs.

Février: Pendant la semaine de relâche, je n'accompagne pas la SHEUL qui a vu grand en organisant un voyage en Louisiane. Le fait de ne pas avoir pu m'impliquer pendant la sabbatique en France me permet de me détacher émotivement d'eux qui, de toute façon, avec Manon Rousseau, Marko Roy et compagnie sont bien capables de gérer seuls leur barque. Par ailleurs, je crois bien que ce soit Manon qui m'a convaincu de me lancer un 4e projet de recherche historique pour la communauté. Cette fois c'est l'histoire de l'Association des Étudiants Francophones de la Laurentienne qui est au programme avec comme objectif printemps 2016.

24 février: Je dépose auprès de l'administration un projet sur les ouvriers mineurs de Sudbury décédés au travail depuis un siècle. La recherche proposée s'inscrit dans le cadre d'un projet d'érection d'un monument visant à célébrer l'héritage minier de Sudbury. Œuvre de Timothy P. Schmalz, le monument sera finalement érigé en 2001 au parc Bell. Bien naïvement, j'espérais à ce moment-là qu'on pourra y associer les noms de ces centaines de mineurs décédés au travail. Plus largement, ce projet confirme mon intention d'approfondir la question minière afin de renouveler et de diversifier mes champs d'intérêt. Après quelques péripéties avec l'administration, le projet verra le jour et me permettra d'embaucher Manon Rousseau comme auxiliaire de recherche au cours de l'été. Sans compter que mes demandes de subvention auprès de l'IFO et dans le cadre du concours FRUL m'ont permis d'embaucher Pierre Séguin comme auxiliaire sur le traitement des registres forestiers pour l'étude de la sous-traitance.

mars: Mon engagement au CEF connaît alors son dénouement. Après avoir participé à l'évaluation du vice-recteur en tant que membre du CEF, le 2 mars, j'ai rédigé avec deux collègues la position du Conseil sur cette question. Les hésitations et le manque d'appui de certains membres et de l'administration, m'amènent à démissionner du CEF. Une lettre envoyée au vice-recteur adjoint Gratien Allaire explique d'abord mon geste qui est ensuite rendu public dans L'Orignal déchaîné le 15.

9 mars: Le manuscrit sur les ouvriers-mineurs de Sudbury est prêt et est envoyé simultanément à Prise de parole et à la Société historique du Nouvel-Ontario. Pour faciliter son financement je demande une subvention à Yvon Gauthier de l'Institut franco-ontarien. L'objectif est de publier ce livre au plus vite de sorte que le manuscrit sera offert à celui qui le sortira des presses le plus rapidement possible et ce, afin que les étudiants-auteurs puissent redorer leur dossier en vue de bourse ou de promotion. C'est pourquoi, je souhaite que l'IFO traite prioritairement ce projet plutôt que mon manuscrit en histoire forestière qu'ils ont entre leurs mains depuis que les Presses de l'Université d'Ottawa ont finalement refusé de publier.

21 mars: C'est la soutenance de mémoire de maîtrise de Paul de la Riva. L'ampleur et la qualité du travail de Paul font l'admiration de tous, y compris de Bruno Ramirez évaluateur externe. Trois ans plus tard, son mémoire est publié à Prise de parole pour devenir Mine de rien.

Fin avril: Yvon Gauthier de l'Institut franco-ontarien et responsable de la Revue du Nouvel-Ontario m'a fait une proposition que je me suis empressé d'accepter: comme la revue est en retard dans ses publications, il me propose de convertir notre manuscrit sur les ouvriers-mineurs de Sudbury en numéro spécial qui paraîtrait dès l'entrée universitaire de septembre en tant que volume 17.

2 mai: J'ai remis à mon doyen, Geoff Tesson, mon rapport annuel. L'année universitaire 1994-1995 fut assurément fort productive.

mai: La session maintenant bien terminée, Micheline est fermement décidée à ne pas retourner au département de français de la Laurentienne. Je suis complètement d'accord avec elle: le climat de travail y est beaucoup trop malsain. Elle demande et obtient un congé sans solde pour le 1er juillet. L'administration accepte en outre d'ouvrir un poste de remplacement en cinéma et ce sera André Blanchard qui sera finalement embauché au cours de l'été.

4 juillet: Après avoir reçu une évaluation anonyme du manuscrit sur les mineurs de Sudbury et les commentaires de Gaétan, j'ai revu pendant quelques semaines le manuscrit à la lumière des corrections proposées. En ce début juillet, je retourne le manuscrit corrigé à l'IFO qui est maintenant prêt pour les presses.

Été: L'Université Laurentienne met en place un nouveau mode de communication pour tout le personnel: l'Internet. J'obtiens rapidement mon adresse courriel qui est alors: ggaudreau@lauadmin.laurentian.ca. Insatisfait du service en français offert par le service informatique laurentien, car on ne peut pas écrire avec des accents pour les courriels envoyés à l’extérieur, je changerai au bout d’un an mon adresse courriel en m'abonnant à un serveur privé de Sudbury (gaudreau@cyberbeach.net). Ô combien il aurait été facile de diriger Karey, Paul et Pierre depuis la France, si j'avais pu disposer de ce moyen de communication! Un échange, à peine deux ans auparavant, prenait deux semaines avant de se conclure!

Même si on se rend compte aujourd'hui de la véritable révolution que l'Internet va provoquer, son usage prendra néanmoins encore quelque années avant d'être intégré systématiquement dans ma pratique professionnelle. Par ailleurs, il me faudra encore une dizaine d'années avant d'archiver systématiquement mes courriels. Seuls quelques-uns de cette époque ont été imprimés et conservés. Après avoir été composées à l’aide d’un traitement de texte ─comme c’est le cas depuis 7 ou 8 ans─, les lettres officielles de cette époque ont continué d'être envoyées par la poste ou plus souvent encore faxées afin de couper court à la semaine que prend la poste de Sudbury pour se rendre à Montréal. Dans ces lettres, alors aux premières heures des échanges électroniques, je suggère parfois une réponse rapide possible par courriel au destinataire, comme c'est le cas le 7 août 1995.

Micheline adore son boulot à l'Éducation permanente grâce à un climat de travail qui doit beaucoup au directeur de ce service, Denis Mayer.

7 août : Alors que le manuscrit sur les ouvriers-mineurs de Sudbury suit son cours, je relance mon projet de livre sur l'histoire du Québec et de l'Ontario, cherchant sans succès un éditeur en soumettant mon manuscrit aux Éditions du Boréal, du Septentrion et à Nuit blanche. Je ne me rends pas compte alors jusqu'à quel point le texte est aride et technique.

22 août: Avec Gaétan, je rédige une demande d'un cinquième poste en histoire en français. Grâce aux compilations statistiques de Rose May, secrétaire du département, on peut aligner des chiffres solides sur les inscriptions en histoire qui servent de justificatifs. Matt Bray, directeur du département endosse notre démarche qui est soumise à Christiane Rabier, vice-doyenne des Sciences sociales, et au Conseil de l'enseignement en français. Même si le poste ne sera finalement pas accordé, le dossier donne une bonne idée de la vitalité du programme.

1er septembre: Toujours actif au sein de l'ACFAS-Sudbury en tant que membre de l'exécutif, je m'affaire avec François Boudreau au lancement d'une campagne de recrutement en vantant les mérites de l'Association.

Septembre: À la demande de mon directeur, Matt Bray, je siège au comité facultaire du personnel (qui recommande les promotions et les permanences des professeurs) afin que je puisse défendre pour le département les dossiers de deux de nos collègues. Encouragé par Dieter, je comprends alors qu'un département qui fait corps place ses pions dans la structure décisionnelle de la Laurentienne. C'est à mon tour de mettre l'épaule à une roue qui ne pourra jamais se déplacer sans les efforts de plusieurs. En plus de cette tâche, je défendrai bien modestement par ma plume les dossiers de deux collègues: François Boudreau qui est un bon ami, et Jorge Virchez du département de géographie. Des lettres, peut-être un peu naïves, envoyées au vice-recteur attestent de ma quête de justice.

Début octobre: Le livre sur les ouvriers-mineurs de Sudbury est officiellement lancé à la Laurentienne. Karey et Paul, maintenant auteurs, assistent à l'événement, tout comme un représentant du syndicat des Mines Mill de Sudbury. Sont présents également le directeur de l'Institut franco-ontarien, Donald Dennie, et Yvon Gauthier, directeur de La Revue du Nouvel-Ontario. Lors de ma fête de départ, en décembre 2008, Yvon racontera avec beaucoup d'humour les discussions que nous avions eues lui et moi au sujet du mandat franco-ontarien de la revue et du contenu du livre qui s'en écartait.

17 octobre: Bruno Ramirez, de l'Université de Montréal, donne sa conférence à la Laurentienne sur les mouvements migratoires entre le Canada et les États-Unis. Je profite de l'occasion pour lui faire rencontrer des étudiants et étudiantes intéressés par l'histoire des immigrants et des mineurs. Sa visite est rapportée un mois plus tard dans La Gazette de l'Université Laurentienne.

18 octobre: Gaston Deschênes des Éditions du Septentrion me fait parvenir une lettre se disant intéressé par mon manuscrit forestier. Le 27, je lui transmets mon manuscrit accompagné d'une lettre afin de défendre ma cause, en lui signalant mes efforts pour alléger le contenu.

C'est au cours de cette période que je soumets à la revue Labour/le Travail un article sur la sous-traitance forestière dans le Nord-Est ontarien. Comme c'est toujours mon habitude, Micheline a auparavant épluché le texte attentivement. Habitué de publier dans la Revue d'histoire de l'Amérique française, j'estimais qu'il était nécessaire de se faire connaître dans d'autres milieux académiques hors du Québec.

30 octobre: Jour de référendum au Québec. Micheline et moi invitons les amis à venir assister à cette soirée historique. Certains Québécois installés en Ontario, comme Micheline, sont en faveur du oui et trépignent de joie en début de soirée. D'autres comme moi sont contre et au final, demeurent satisfaits du résultat. Que restera-t-il des droits de l'Ontario français si le Québec devenait souverain?

Novembre: En tant que président du Regroupement des Professeurs francophones de la Laurentienne, j'endosse l'idée de François et d'Annette Ribordy de suggérer aux membres un changement radical du Buffet de la francophonie, qui se tient depuis quelques années au printemps et qui, à l'origine, est une idée de mon collègue Raoul Étongué-Mayer. Un communiqué est envoyé aux membres afin de sonder les opinions sur le choix d'un terroir francophone qui serait ainsi célébré le 23 mars 1996. Le choix des membres se porte finalement sur le Sud-Ouest de la France. C'est dans le cadre de l'organisation de cette activité que je me lie véritablement d'amitié avec François et Annette. Nous ne sommes pas les seuls à s'impliquer dans l'organisation de ce nouveau Buffet de la francophonie, il y a également André Blanchard, qui a remplacé Micheline en cinéma et qui s'occupera notamment du cassoulet, et François Boudreau.

Décembre: Le train-train habituel de décembre avec son cortège de corrections et des cours qui se terminent. Ma mère vient avec son chum Gérard passer quelques jours faire la cuisine: tartes au sucre, tartes aux pommes et beignes vont régaler les enfants. On descend à Montréal pour Noël, mais nous remontons à Sudbury pour le Jour de l'An afin d'accueillir Normand et sa famille.

1996

Début janvier : J'effectue un voyage-éclair à Rouyn-Noranda afin d'établir un contact avec Lucia Ferretti, vice-rectrice de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Elle me promet de m'aider à obtenir une rencontre avec un haut responsable de la Noranda Mines. Ce que Paul de la Riva a fait avec les fiches du personnel de l'INCO, j'espère pouvoir faire de même avec cette autre société minière du Nord.

C'est lors de cette session que je donne, pour la première fois je pense, un cours sur l'histoire des femmes. Bien que je n'aie encore rien publié sur le sujet et que je sois un homme, je profite d'un cours à l'intitulé très large («Canada XXe siècle choix de thèmes») pour m'y attaquer. Ne comptant sur aucune historienne dans le programme en français, j'estime alors qu'il est nécessaire d'offrir un cours d'introduction sur le sujet. Cela me permettra, au cours des années à venir, de superviser quelques mémoires en histoire des femmes et de la famille.

10 janvier: Je viens d'apprendre qu'une plainte formelle a été déposée contre moi, par une employée du Bureau du registraire, à la suite de la surveillance d'un examen survenue le 19 décembre et au cours de laquelle j'agissais comme surveillant principal. J'en suis profondément offusqué et je rédige une lettre explicative au responsable du Bureau du registraire avec copie conforme à mon doyen. En gros, j'estime à l'époque que si on me désigne comme surveillant principal, c'est moi le patron et non pas les employés du Bureau du registraire qui participent à la surveillance. Jamais plus on ne me désignera comme surveillant principal par la suite.

16 janvier: Annette conçoit les billets du Buffet de la francophonie qui sont mis en vente par le bureau du vice-recteur. Si mes souvenirs sont bons, les billets se vendront très rapidement.

31 janvier: Grâce à ma collègue de l'UQAT, j'ai pu rejoindre par téléphone le responsable du service du personnel de la Noranda, M. Normand Ouimet. La conversation s'établit facilement avec lui: peut-être que le fils de mineur que je suis y a été pour quelque chose. Dès le lendemain, je lui fais parvenir une copie de notre article de Paul et de moi sur les ouvriers-mineurs de l'INCO afin de lui démontrer notre sérieux quant au traitement de ces dossiers confidentiels.

6 février: Après avoir reçu de Gaston Deschênes des Éditions du Septentrion une évaluation honnête de mon manuscrit forestier à l'effet qu'il n'est pas publiable sans l'obtention d'une subvention, je me range de son avis. Je soumets par la suite le texte au Programme d'aide aux éditions savantes.

23 mars:Le Buffet de la francophonie s'avère une grande réussite. Les 100 billets ont été vendus, on a même refusé des gens. Je me suis occupé avec Micheline de l'animation, tandis que François, Annette et André ont préparé les plats. On a servi de l'armagnac comme digestif. Jean-Claude et son chum Alexandre sont venus nous donner un coup de main. Alexandre a fait danser quelques convives sous des aires folkloriques de circonstance.

Avril: Une fin de session habituelle avec notamment les soutenances de quatre mémoires de spécialisation que j'ai supervisés, dont deux portent sur l'histoire minière.

Début avril: Pour le congé pascal, on descend à Montréal. Micheline dormira chez sa mère, les enfants chez Jean-Claude et moi chez Normand à Repentigny. Webmestre du Cégep de Saint-Laurent depuis quelques mois, ce dernier m'explique certains aspects de l’Internet et me confirme que cette nouvelle technologie est parfaitement adaptée à la langue française et à ses accents. Sans doute est-il à l'origine de ma décision prochaine de boycotter le serveur laurentien et de m'abonner à un serveur privé de Sudbury qui respecte ma langue.

14 mai: Remise de mon rapport annuel.

Mai-Juin:En dépit des prétentions contenues dans ce rapport annuel, ce printemps 1996 sera marqué par deux échecs dans ma vie professionnelle qu'il ne faut pas passer sous silence. Le premier concerne ce projet sur l'histoire de l'Association des Étudiants Francophones. Alors que d'habitude, le texte que chacun devait remettre comptait comme note finale d'un cours, j'ai accepté de remettre mes notes finales avant la réception de certains des chapitres qui devaient faire partie de ce livre en devenir. C'est pourquoi je me suis retrouvé en mai avec un manuscrit incomplet et non publiable. L'autre échec est la fin de recevoir que va me signifier la Canadian Historical Review au sujet d'un article en français que je leur ai soumis en juin sur l'histoire de l'organisation du travail à l'INCO et qui constituera, plus tard, le chapitre trois de mon livre sur L'histoire des mineurs du Nord.

Je crois bien que c'est ce printemps-là où on sonne à notre porte un samedi matin. Un enseignant de l'école secondaire que fréquente Étienne est venu lui apporter un livre dont il lui a parlé. Micheline et moi sommes étonnés: qu'un enseignant du secondaire se déplace à domicile un samedi matin, c'est déjà beaucoup, mais ce qui nous étonne encore plus et nous ravit c'est l'intérêt que porte soudainement Étienne pour ses études, lui qui jusque-là, prenait ça à la légère. Plus agréable encore est le fait que son changement d'attitude va durer pour notre plus grand bonheur. Quant à Marjolaine, elle gradue en juin de l'école secondaire MacDonald-Cartier.

8 juin: Je prononce ma première conférence en anglais à Rossland en Colombie-Britannique lors de la rencontre annuelle de la Mining History Association. Mon collègue Matt Bray, qui participe également à la rencontre comme conférencier, a eu la bonne idée que je me joigne à ce groupe hétéroclite de passionnés d'histoire minière.

Juin: Karey Reilly et Michel Bock déposent leur mémoire de maîtrise. Les deux vont soutenir avec succès leur mémoire le même jour, soit le 26 août. Michel publiera une version remaniée de son mémoire quelques années plus tard sous le titre «Comment un peuple oublie son nom» tandis que les principaux résultats du mémoire de Karey seront intégrés sous forme d'un chapitre qu'elle signera dans mon prochain livre en histoire minière. Ce sont ainsi six années d'enseignement qui se terminent. On fête le succès des «mes grands enfants» à la maison en invitant Paul à se joindre à nous. Comme je l'ai écrit le lendemain du souper: «Dorénavant, ils voleront de leurs propres ailes.» Plus tard, je me rendrai compte que ces années ont été les plus stimulantes de mon enseignement.