2000-2001:

Juillet-août: Par rapport à notre grande maison de Sudbury, notre petit condo de la rue Chambord nous paraît bien petit et mal éclairé. Micheline a pris comme chambre celle avec la large fenêtre donnant sur l'avant. Elle y installe aussi son bureau réduisant d'autant l'espace disponible. Moi, je prends l'autre qui devient également une chambre-bureau.

Quelle joie de se rendre à pied au marché Jean-Talon! Joie qui ne s'est pas démentie depuis. Alors qu'à Sudbury l'environnement immédiat s'apparente à une banlieue-dortoir, à Montréal, nous sommes en ville avec plein des commerces variés à distance de marche. Quel contraste également avec notre petit village de Nant en Aveyron!

Si nous éprouvons beaucoup de plaisir d'être à Montréal près de la famille et d'amis très chers, nous ne sommes pas pour autant en vacances. Micheline va régulièrement aux Archives nationales, rue Holt, afin de poursuivre le dépouillement du fonds Harry-Bernard; je l'accompagne souvent, car je me suis engagé à ce que nous approfondissions cette recherche ensemble. Après l'histoire minière que j'ai décidée de faire mienne lors de la sabbatique en Aveyron, j'ajoute à mes champs d'intérêt l'histoire littéraire et culturelle. En outre, j'ai trois mémoires de baccalauréat à superviser à distance avec une date de soutenance fixée à la fin août. Leurs ébauches de texte envoyées par courriel sont longuement annotées et commentées, puis expédier par poste express à Sudbury. Les choses vont bon train.

30 juillet :Côté écriture, je mets la dernière main à mon article sur les activités forestières dans la Vallée. Je demande l'aide de mon collègueMatt Bray pour qu'il m'aide à traduire en anglais le résumé de l'article que la Revue d'histoire de l'Amérique française exige.

4 août : Cette journée-là, avec Normand, je pars cueillir des champignons et je ramène trois livres de chanterelles. J'en suis bien fier car à Sudbury, je ne cueille pour ainsi dire pas de chanterelles, me contentant d'abondantes récoltes de cèpes et de ce que j'appelle à l'époque des morilles (alors que ce sont des verpes de Bohème).

6 août: Tout en peaufinant mon cours de l'Université de Montréal pour l'automne, j'écris à André Blanchard en soulignant mon ambiguïté face à l'enseignement: «Tu te rappelles André, tu m'as demandé récemment pourquoi avoir choisi de donner un cours pendant la sabbatique, si l'enseignement me faisait autant souffrir? J'ai trouvé la réponse en lisant Foglia la semaine passée qui, lui-même, citait Léotaud. Ce cher disait: «je n'aime pas écrire [temps présent], j'aime avoir écrit [temps passé]» ou quelque chose du genre. Moi, c'est exactement le contraire: «J'adore l'enseignement [temps présent], mais je déteste avoir à le faire [temps futur]»!

À titre d'activité facultative, j'espère pouvoir organiser un voyage d'étudiants québécois à Sudbury pendant la semaine de relâche automnale. J'ai préparé une affiche qui finalement s'avéra inutile car ce voyage, faute d'inscriptions suffisantes, n'aura pas lieu.

Fin août: Je fais un voyage éclair à Sudbury en autobus pour assister aux soutenances de mes trois étudiantes: Michelle Robinson (La communauté finlandaise dans le Nord-Ontario, 1901), Miriam Cusson (Les loisirs culturels des Canadiens français à Chelmsford, 1920 à 1970, et Isabelle Bourgeault-Tassé, (Le bavard silencieux : The Immigrant de Chaplin. Le cinéma à l’image de l’histoire). Notre maison étant louée, je suis invité par Dieter et Judith à dormir chez eux. Les soutenances se passent bien et toutes trois méritent des notes qui leur ouvrent la porte au programme de maîtrise. Mission accomplie!

1-4 septembre: Membres du Cercle des mycologues de Montréal depuis 1999, Micheline et moi sommes inscrits à la rencontre des clubs de mycologie du Québec qui a lieu dans les Laurentides. Cette rencontre est pour moi une révélation et voici ce que j'en disais le 24 septembre à André Perrier: «Notre longue fin de semaine mycologique du début septembre s’est fort bien déroulée. À cette occasion, les différents cercles de mycologie du Québec se réunissaient de sorte que nous étions environ une centaine de maniaques à se réunir et à partager ensemble cette passion. Étonnamment, il y avait plus de femmes que d’hommes! Mais ma grande surprise fut sans doute de constater qu’il pouvait y avoir une autre logique à la passion mycologique: celle de son identification et de son inventaire. Moi, je fus toujours intéressé aux seuls champignons qui sont très bons à manger, les autres ne m’intéressaient pas. Or le but premier d’un cercle de mycologie est de procéder à l’inventaire des champignons de la région, même les petits, les poisons, les durs comme de la roche de sorte que le regard porté en forêt pour la cueillette est fort différent du regard de celui qui inventorie et classe. Cela donne des idées et peut-être qu’il faudrait se partir un Cercle de mycologues à Sudbury, si certains amis cueilleurs voulaient embarquer. Chaque Cercle doit compter sur un scientifique qui aimerait les examiner au microscope (cela n’est pas trouvé).»

Cette idée, encore embryonnaire de fonder un club de mycologie à Sudbury, je la dois à de belles discussions sur place avec feu Raymond Boyer du club de Sept-Îles. Non seulement j'ai beaucoup apprécié cet homme fort simple dont l'attitude contrastait avec plusieurs mycologues rencontrés qui me paraissaient prétentieux, mais c'est lui qui m'a fait comprendre que commencer un inventaire des champignons constitue le meilleur moyen de partir de zéro et de les apprivoiser par petites bouchées. Merci Raymond!

Début septembre: Comme convenu avec Isabelle Brochu, une étudiante à la maîtrise que je supervise à partir de Montréal, je recevrai d'elle, sur une base régulière et par courriel, un compte rendu de ses recherches tout au long de l'année.

Je suis très déçu d'avoir si peu d'étudiants dans mon cours à l'Université de Montréal. Comme je le dis à André Perrier: «J’ai le malheur d’avoir une petite classe de six étudiants. Fait surprenant, ce sont 5 gars et une fille! Cela contraste singulièrement avec la Laurentienne où les filles dominent largement. Il semble que ce soit exceptionnel dans ma classe. Mais ce pourquoi ce nombre est agaçant, c’est que l’enseignement me passionne en autant que je puisse débusquer et faire grandir des talents. Plus la classe est nombreuse plus je peux en repérer. Jusqu’à maintenant j’ai été chanceux à Sudbury où je compte déjà une demi-douzaine de talents exceptionnels. C’est beaucoup en 13 ans. Et il y a des cycles. L’an passé encore j’en avais une et cela faisait 4 ans que je n’avais pas vu cela parce que les inscriptions étaient inversement proportionnelles aux frais de scolarité. C’est long quatre ans à se présenter en classe et à constater que les gens à qui tu t’adresses comprennes seuseulement ce que tu dis et pas ce qui est sous-entendu, pas ce qui en découle. C’est d’ailleurs ma plus grande crainte au retour à Sudbury d’attendre encore quatre ans avant d’en trouver un autre et d’avoir le bonheur de lui montrer un peu de ce que je sais.»

Octobre: Étienne, qui s'est séparé de sa blonde, se désespère à Sudbury. On l'invite alors à venir nous rejoindre rue Chambord; on aménage une chambre dans la cave pour lui. Alors qu'après la sabbatique, nous devrons repartir pour Sudbury, lui restera à Montréal pour en faire sa nouvelle terre d'adoption, en s'inscrivant en janvier en informatique à l'Université de Montréal, tout en faisant de petits boulots.

26 octobre: Me voilà grand-père car Nathalie donne naissance à Camille. Louis-Philippe et elle posent un geste qui a beaucoup d'importance pour moi: ils l'appelleront Camille Gaudreau. À l'hôpital Maissonneuve où elle a accouché, je me rends, le lendemain, avec Micheline leur rendre visite. On trouve sur place mon ex Suzanne et son chum. Nous sommes quatre visiteurs dans la chambre, ce qui fait dire à une infirmière inquiète de notre nombre: «Seulement la famille proche. s'il-vous-plaît». Et nous de répondre: «Nous sommes tous les grands-parents de cette petite fille!»

Début décembre: Au cours des deux prochains mois, je me consacre à plein temps à la rédaction de mon manuscrit sur la mobilité des mineurs du Nord.

Fin décembre: Comme on en a l'habitude, on voit Normand et sa famille au cours des Fêtes rue Chambord.

30 décembre: On rend visite à ma mère à Joliette. L'occasion est belle de lui présenter son arrière-petite-fille Camille. À partir de ce moment, pour blaguer devant la famille, j'appellera ma mère, «vieille vieille vieille mémée!», elle qui a été arrière-grand-mère à 65 ans à peine.

2001

Janvier: On se prépare pour notre voyage à Montpellier où Micheline et moi donnerons quatre semaines de cours à l'Université Paul-Valéry. Notre plan de cours prévoit deux volets pour chaque semaine: un volet historique que je donnerai et un volet littéraire pris en charge par Micheline.

21 janvier: L'Université du Québec à Trois-Rivières où j'ai fait mes premières armes de chargé de cours, cherche un historien qui a mon profil. J'écris à Normand Séguin afin de tâter le terrain. Vivre à Montréal avec son intense vie culturelle, et voir ma blonde bien plus heureuse à Montréal qu'à Sudbury m'amènent à rêver à un changement de carrière.

2 février: Notre ami Yvon Gauthier, également en sabbatique, est installé à Montréal chez sa sœur Liliane. Elle et lui nous invitent à souper chez elle ce soir-là à l'Île-des-Sœurs où nous rencontrons Denis Vaugeois, l'éditeur et historien. La soirée est fort agréable. Denis nous donne quelques livres qu'il vient de publier à sa maison d'éditions Septentrion. Je viens de trouver mon éditeur pour mon prochain livre sur les mineurs du Nord!

4 février: Le départ pour Montpellier! Après un vol sans histoire pour Paris, on prend le train pour Montpellier. Exténués à l'arrivée, on découvre néanmoins le bel appartement que nous a réservé Jeanne-Marie Clerc, grâce à une entente avec l'Université Paul-Valéry. Nous vivons à l'hôtel-appartement Les Citadines, à 7 minutes à pied de l'Université et à 15 minutes du centre ville. Sans voiture, on profite au maximum de la ville de son métro. Entre nos cours hebdomadaires, on se rend à Aigues-Mortes en bus et à Sète en train.

Les cours se déroulent fort bien, malgré que les étudiants aient un peu de difficulté avec mon accent. Notre allure décontractée en salle de classe en a sans doute étonné plus d'un. Jeanne-Marie nous a demandé d'exiger à la 3e semaine un court travail que nous prenons plaisir à corriger en empruntant le système de notation français où les notes se donnent toujours sur 20.

Si l'éducation universitaire est pour ainsi dire gratuite en France, elle se fait cependant au prix de moyens d'enseignement modestes et de locaux qui ne paient pas de mine. Les bureaux des profs sont même communautaires et doivent être partagés à plusieurs!

Mars: Une fois notre cours terminé, on loue une voiture pour voyager pendant deux semaines. Au programme, le pays basque, le Bordelais et les Landes où nous rendons visite à Renée et Jacques.

26 Mars: Bonne nouvelle: la Revue d'histoire de l'Amérique française accepte de publier mon article. Les deux évaluateurs anonymes lui ont reconnu suffisamment de mérites. C'est mon 5e article à paraître dans cette revue qui choisit comme page de couverture une photographie illustrant mon texte.

5 avril: Denyse Baillargeon du Groupe d'histoire de Montréal m'a invité à donner une conférence sur les mineurs du Nord. J'y présente quelques-unes de mes idées-phare de mon prochain livre sur la mobilité des mineurs. À cette occasion, je rencontre pour la première fois l'historienne Andrée Lévesque et deux étudiants au doctorat, maintenant des collègues, Karine Hébert et Julien Goyette de l'Université du Québec à Rimouski.

Je me remets ensuite à l'écriture afin de mettre à profit notre année de recherche dans le fonds Harry-Bernard et soumettre avec Micheline un article biographique à la Revue Voix et Images.

9 avril: Après une bonne discussion avec Micheline sur un éventuel départ de Sudbury et un déménagement à Trois-Rivières, advenant que je décroche le poste, je pose ma candidature à l'UQTR, convaincu qu'il s'agit d'un véritable concours puisqu'on a prolongé la durée des appels de candidature. C'est un sentiment d'espoir mais aussi de trahison qui m’anime, comme en témoigne un courriel du 11 avril envoyé à mon ami Dieter.

13-16 avril: Lors du congé pascal qui coïncide cette année-là avec l'anniversaire de mon père, je monte à Dubuisson, près de Val-d'Or, avec Louis-Philippe et Nathalie afin d'aller présenter Camille à son arrière-grand-père et à son épouse Lucienne.

1ermai: Appelé en entrevue pour le poste en histoire à l'UQTR, je présente mon parcours de recherche et d'enseignement devant les collègues du département mais en l'absence de Normand Séguin.

Certains regards et leur attitude plutôt distante me laissent perplexes, moi qui me pensais être un ancien du département pour y avoir enseigné pour la première fois en 1979! Le moins que l'on puisse dire alors est que j'ai le sentiment que la partie n'est pas gagnée.

Mai: L'UQTR m'annonce que je n'ai pas obtenu le poste.

19 juin : Je lance une bouteille à la mer en envoyant un courriel à Jacques Michon de l'Université de Sherbrooke. Néophytes en histoire littéraire, Micheline et moi souhaitons le rencontrer pour qu'il nous donne des conseils. Sans le savoir, on s'adresse à un universitaire attentif aux autres et capables de nombreux conseils. Dès le 26, il organise une rencontre à laquelle se sont jointes deux étudiantes au doctorat. Rencontre qui nous a enthousiasmés et qui me donne des ailes pour explorer de nouvelles voies de recherche. Merci Jacques!

30 juin : On redéménage à Sudbury tandis qu'Étienne vivra seul dans notre condo. Micheline part le vague à l'âme pour Sudbury, déçue plus que moi sans doute que je n'aie pas obtenu le poste.

6 juillet: Remise de mon rapport de congé sabbatique à mon doyen, Donald Dennie. Somme toute, une année fructueuse avec un enseignement diversifié, des projets de publication qui avancent mais surtout la découverte d'un nouveau champ d'intérêt avec ce cher Harry Bernard!