2010: la retraite au quotidien

Janvier : Afin de souligner le 60e anniversaire du Cercle des Mycologues de Montréal (CMM), je me suis engagé à présenter une conférence historique aux membres. Je passe ainsi plusieurs jours dans les archives du CMM et à la Grande Bibliothèque, rue Berri. Je découvre l’importance du Frère Marie-Victorin dans le développement intellectuel du Canada Français. Parallèlement je fais la connaissance avec quelques écrits de Monsieur Mycologie au Québec, René Pomerleau. L’homme qui se révèle dans ses écrits me déçoit en revanche beaucoup.

20 janvier L'idée de produire non pas une mais deux conférences fait son chemin pour mon plus grand bonheur. J'écris ce jour-là à Peter Neumann du CMM: «Hier je vous ai lancé une idée qui me paraît faisable, soit procéder à une analyse commémorative, c’est-à-dire examiner comment notre Club a fêté ses anniversaires. Nous avons trois textes en regard du 25e, du 40e et du 50e. Reste à voir ce que les archives et procès-verbaux ont laissé comme documents afin de voir comment on a célébré notre histoire. Je continuerai à explorer cette avenue qui demeure la seule pour le moment si on veut deux conférences différentes.»

21 janvier: Je me joins à Jean Després qui dirige une équipe visant à produire une encyclopédie visuelle sur les multiples dimensions des champignons.

1er mars: J'écris à l'archiviste de la Laurentienne, Marthe Brown, que partant en voyage, je prends des mesures au cas où la Grande Faucheuse voudrait de moi: «Tu le savais peut-être mais à chaque fois que je prends l'avion, je me prépare à mourir. Je pars mercredi pour la Bretagne. J'ai donc organisé et numéroté mes boîtes d'archives de manière à ce que mon fils Étienne-Julien sache quelles boîtes pourraient constituer dès ma mort le fonds Guy-Gaudreau. En tout, cela fait environ 9 mètres linéaires de documents répartis en 9 boîtes d'archives conventionnelles et 15 boîtes de 40 cm de longueur de fiches du personnel. Ne t'étonne pas si Étienne-Julien entre en contact avec toi pour savoir si tu es intéressée à cet ensemble. Je lui ai expliqué que ma succession pourrait ainsi obtenir d'intéressants crédits d'impôt.»

2 mars: Ce soir-là, je donne ma conférence sur les premières décennies de l'histoire du CMM devant une petite assistance. Elle sera publiée à l'automne dans un numéro spécial du Bulletin du CMM.

3 mars: Le cɶur léger en ce mercredi de la fin de l'hiver, je pars avec Micheline et son amie Jasmine pour la Bretagne et la Normandie pour un voyage de 2 mois. Le séjour ayant été raconté dans mes récits de voyage, parcourons seulement quelques moments.

À Paris, le lendemain, on prend possession de notre voiture et on se dirige à Chartres pour s'arrêter une journée et dormir dans notre chaîne d'hôtel préférée: l'hôtel Étap. Le vendredi, on se dirige à La Richardais en banlieue de Saint-Malo pour y passer 4 semaines.

Début mars: Dans un courriel, Micheline fait le portrait suivant de nouvelle demeure: «Le gîte est assez confortable. Au rez-de-chaussée, il y a cuisine, salle à manger et salon tout ensemble et une toilette. Au 2e, une chambre et une salle de bain. Et au troisième, il y a une autre chambre et un genre d’antichambre avec un lit simple (c’est mon espace). Le gîte appartient à Britt Manoli, la femme d’un sculpteur qui semble assez célèbre. Tout près (à 3 minutes à pied),le fleuve la Rance s’ouvre très largement: c’est l’estuaire. On a une belle vue de Saint-Malo.»

17 mars : Nous allons passer une journée à Rennes, une jolie ville universitaire animée par une belle jeunesse. On couche bien sûr à l'hôtel Étap près de l'aéroport car nous y avons reconduit Jasmine pour son vol de retour.

21 mars : Partis de Biarritz où ils séjournaient depuis quelques semaines, Jean-Claude et Alexandre nous rejoignent à La Richardais.

22 mars : Micheline et moi se dirigeons à Avranches voir Michel et Guénola, ce couple rencontré par hasard en Dordogne l'année précédente. La qualité de la décoration de leur maison m'impressionne, tout comme leur belle cour arrière plantée d'arbres fruitiers et de fleurs.

Fin mars: Sortie en Suisse de notre livre Des Champignons et des hommes. Ce n'est cependant qu'à notre retour à Montréal en mai que je pourrai tenir entre mes mains ce livre tant attendu.

31 mars : Par l'intermédiaire d'un de leurs amis Michel et Guénola ont organisé, pour nous quatre, une visite guidée du Scriptorial d’Avranches qui comprend notamment les précieux manuscrits du Mont Saint-Michel. Avec Jasmine, au début de notre séjour, on s'était empressés de visiter le Mont Saint-Michel, mais grâce à eux on réalise l'importance muséologique et historique du Scriptorial.

1er avril: Songeant à notre changement de gîte prochain, j'écris à André Perrier lui exprimant mes craintes devant l'inconnu: «On ignore encore quelle sera la qualité du gîte. Aurons-nous froid? Est-ce que la cuisine sera suffisamment équipée pour bien faire à manger? Quelle sera la taille du réfrigérateur? Quand on est 4 adultes on bouffe beaucoup! Quelles chaînes de télévision pourront-nous capter pour continuer à découvrir cette France par le prisme du petit écran? Est-ce chacun pourra trouver sa zone de confort et de vie intime ? On le saura seulement rendus sur place. Une chose est certaine nous n’aurons pas accès à Internet depuis le gîte, ni à distance de marche de sorte que je devrai tenter de me sevrer en étalant mes jours de consultation dans les cafés internet que nous pourrons trouver. Autrement dit, moi qui me fais un devoir de lire mes courriels à tous les jours afin de donner rapidement une réponse, je devrai prendre mon mal en patience et vous répondre en prenant beaucoup de retard.» Je trouve aujourd'hui que ces craintes étaient celles d'un petit bourgeois bien gâté par la vie!

3 avril: On part tous les quatre pour notre gîte normand, situé à Trépel près de Falaise. Si Micheline pourra dormir dans une chambre fort bien éclairée, nous n'avons que des chaînes britanniques à la télévision et on dispose d'une cuisine avec un plafond très bas et un petit frigo. Cuisine qu'Alexandre investira comme son royaume, pour mon plus grand bonheur, et dans laquelle on trouve un petit boitier en forme de cabane servant à y entreposer les ɶufs qui, à l'inverse de chez nous, sont conservés, tout comme d'ailleurs dans leurs épiceries, à la température de la pièce.

15 avril: Parmi les visites qui restent en mémoire il y a ce jour-là, celle de la cathédrale de Coutances, cette cathédrale méconnue qui arbore pourtant une magnifique tour lanterne et de splendides vitraux du XIVe siècle.

26 avril : Michel et Guénola viennent dîner à Trépel; Alexandre a préparé un excellent poulet aux olives.

Fin avril: En ayant tôt le matin travaillé en moyenne deux heures par jour, j'ai mis la dernière main avec Micheline à notre manuscrit traitant de la correspondance entre la poétesse Simone Routier et Harry Bernard. Notre retour en avion m'amène à demander à Thierry Bissonnette de s'occuper de notre manuscrit au cas où...

30 avril : Coucher à Sarcelles en banlieue de Paris dans un hôtel Étap pour notre retour le lendemain.

1er mai : Retour à Montréal et long processus de remise du décalage horaire.

9 mai: Livraison de notre livre Des champignons et des hommes. Je m'empresse de transmettre des exemplaires aux Musées et collègues qui ont bien voulu m'autoriser à reproduire leurs illustrations.

10-11 mai: Réception des épreuves de la version française de l'histoire de l'Université Laurentienne. Très déçu de la traduction de certains chapitres, je m'attaque avec Donald et Micheline à une pénible révision de tout l'ouvrage qui prendra une dizaine de jours d'un travail intensif. On pourra avoir une petite idée du travail accompli grâce à mes 40 pages d'annotations.

8 juin: Marc Haentjens des Éditions David accepte de publier notre manuscrit sur la correspondance entre Simone Routier et Harry Bernard à la condition de trouver un financement suffisant.

30 juin: Je dépose à l'Université Laurentienne notre demande de subvention pour notre manuscrit accepté par les Éditions David.

1er juillet: Micheline cesse d'être pré-retraitée et commence à toucher sa pension de l'Université Laurentienne.

Début juillet : Soumission à la revue MENS de mon article sur l’évolution des sciences. Cet article reprend le contenu de mes deux conférences en histoire de la mycologie, celle du 2 mars mais aussi celle à venir du mois de septembre.

27 juillet: Dans un courriel à Dieter j'évoque un nouveau projet pour me tenir occupé: «J'ai commencé un gros projet de recherche sur les mineurs de Kirkland Lake, soit examiner en détail tous les mineurs de la Lake Shore qui y ont travaillé au cours de l'année 1934 que ce soit à plein temps ou à temps partiel. Cela me prendra beaucoup de temps. Juste de trier parmi les 10 000 travailleurs ceux qui ont été présents me prendra des mois. J'aurai ainsi un os à ronger pendant mes moments où je n'aurai rien d'autre à faire.»

Août: Parmi les activités estivales, je dois me rendre avec Micheline à deux reprises à Saint-Donat afin d'apprivoiser un des boisés servant de lieux de cueillette de champignons lors de la rencontre des clubs de mycologie du Québec (AMQ) au début septembre. Puisque je serai responsable de ce boisé, j'aime bien le parcourir à quelques reprises. Il y aura aussi Louis-Philippe et sa famille qui nous rendront visite, pour mon plus grand bonheur.

3-6 septembre : Rencontre de l’AMQ à Saint-Donat.

4 septembre: Enregistrée le 2 septembre, l'entrevue que j'ai donnée à Jacques Bertrand de Radio-Canada dans le cadre de son émission «La tête ailleurs» est diffusée. Déçu de ma performance à discuter de notre livre Des champignons et des hommes, je serai par la suite quelque peu rassuré par les témoignages d'amis qui ont entendu les propos échangés avec l’animateur.

5 septembre : Conférence sur l’histoire de la mycologie au Québec devant plus d'une centaine de personnes. On me présente Jacques Cayouette d'Agriculture Canada, un féru d'histoire qui connaît même les fascicules de L'ABC du petit naturaliste de ce cher Harry Bernard. Il m'aidera à peaufiner mon article sur l'histoire des sciences en attendant son évaluation.

29 septembre: Nous avons obtenu notre subvention de 4750$ de sorte que nous savons que notre manuscrit sur la correspondance de Simone Routier et Harry Bernard sera publié quelque temps en 2011!

30 septembre: L'idée d'acheter avec Jean-Claude et Alexandre un chalet dans la région de Rivière-Ouelle se concrétise avec une offre d'achat conditionnelle d'une maison sur le bord de la rivière est acceptée. Comme je l'écris à Dieter: «je t'annonce que nous avons acheté un petit chalet à Rivière-Ouelle (1 kilomètre du village sur le bord de la rivière et à 1 kilomètre et demi du Saint-Laurent). Un beau petit bijou pas cher avec cette belle marée qui rythme la vie de cette rivière sinueuse. C'est un chalet quatre saisons pour meubler notre retraite et en prévision d'un ralentissement de nos voyages en Europe causé par nos manques de moyen et nos problèmes grandissant de santé.»

12 octobre: J’apprends juste avant de partir pour la Chine que Gérard, le chum de ma mère, est très malade.

13 octobre-7 novembre : Ce voyage en Chine a été relaté dans mes récits de voyage. Je ne reviendrai que sur un aspect, soit l'évolution rapide de la situation de ma mère et de son chum Gérard. L'état de santé de ce dernier force sa famille à le transférer dans une nouvelle résidence, de sorte la résidence où le couple demeurait ordonne à ma mère d'avoir quitté les lieux pour le 1er décembre. Dès mon retour au Canada, je dois m'occuper dorénavant de ma mère.

28 octobre: Lancement à la librairie du Nouvel-Ontario de Sudbury du Dictionnaire des Écrits de l'Ontario français, 1613-1993 dans lequel Micheline et moi comptons une quarantaine de courts articles que nous avons rédigés dans les années 1990 et que nous pensions à jamais restées lettres mortes.

19 novembre : J’ai trouvé une résidence pour ma mère sur le boulevard René-Lévesque. Elle pourra même fumer dans son appartement ses cigarettes à plumes!

20 novembre : Gala du 60e anniversaire du CMM et lancement du numéro spécial du 60e anniversaire du Bulletin du CMM.

28 novembre : Avec Étienne, Louis-Philippe et Micheline on déménage ma mère de Grand-Mère à Montréal. Pourtant prévenue la veille par téléphone de son déménagement et de notre arrivée avec un camion le lendemain, ma mère, encore en jaquette et n'ayant fait aucune boîte, nous reçoit très hébétée car elle ne se rappelait pas qu'elle devait déménager. Je tombe de haut, mesurant pour la première fois, ses pertes de mémoire et le degré avancé de sa maladie d'Alzheimer.

Décembre: Lors de ma visite biannuelle, l'endocrinologue m'informe qu'à 145 livres et en dépit de tous mes exercices quotidiens, je dois passer à l'insuline. Si j'ai peur des aiguilles, je me rends vite compte que la nouvelle nano-technologie permet la production d'aiguille extrêmement fine et que le stylo-injecteur d'insuline a simplifié la prise d'insuline.

7 décembre : Réception du rapport d’évaluation de mon article sur l'évolution des sciences. On ne publie pas dans un nouveau champ de recherche sans quelques ajustements et rappels à l'ordre!

14 décembre: Départ en avion pour Sudbury afin d'assister au lancement de notre livre sur l'histoire de l'Université Laurentienne qui a lieu le 16. Je coucherai chez Dieter et je verrai Yvon à quelques reprises.

16 décembre: Ce soir-là, en soupant avec des amis à Sudbury, ces derniers attirent mon attention sur la jaquette de la version française du livre qui comporte de graves fautes de français et des énormités. Même si je n'avais jamais vu ce texte auparavant, qui, de toute évidence, avait été pondu à la dernière minute par les hautes autorités laurentiennes, je suis amer, moi qui avais passé autant de jours à peaufiner la version française du livre.

20 décembre: Je soumets une nouvelle version de mon article sur l'histoire des sciences à la revue MENS.

23 décembre: Au sujet de ma mère, j’écris à Serge et Clôdine : «Pendant que je profitais de la vie, ici ma mère vivait un drame avec le cancer des poumons de son chum de bientôt 88 ans et qui fut hospitalisé pendant notre voyage. Pour faire une histoire courte, je devrai passer le reste de sa vie à m'en occuper et à prendre en quelque sorte la place de son chum tant sur le plan financier que sur le plan de l'organisation de sa vie quotidienne. Que fait-on d'une mère indépendante mais qui souffre de pertes sévères de mémoire? Voilà de nouvelles questions auxquelles je n'avais jamais été confronté jusqu'ici car elle se débrouillait bien avec son conjoint. Fils unique, je dois assumer mes responsabilités filiales, même si ma mère m'a abandonné à l'âge de 12 ans pour vivre sa vie.»

Noël: Comme à l'habitude on recevra les enfants pour les Fêtes. Marjo vient seule de Toronto, tandis qu'Étienne est accompagné de Sandra. Ma mère est également présente, de même que Louis-Philippe et sa famille.