Rapport marchand et rapport pédagogique

L'enseignement universitaire exige la mise en place d'un rapport pédagogique dans lequel la clientèle étudiante se sent en confiance afin d'adhérer aux choix pédagogiques fixés. Ces choix portent notamment sur les stratégies d'enseignement, sur les objectifs énoncés en début de cours et sur le matériel didactique que doit se procurer étudiants et étudiantes. Pour chacun de ces choix, il doit être clairement démontré qu'il s'inscrit dans la poursuite des objectifs du cours. Le professeur qui exige l'achat d'un livre dont il est l'auteur remet sérieusement en question le rapport de confiance qu'exige l'enseignement universitaire. Même quand l'ouvrage a été évalué et publié par des maisons d'éditions reconnues et que les droits d'auteur touché par le professeur sont minimes, l'achat de tels ouvrages introduit dans le rapport pédagogique un rapport marchand qui mine l'apprentissage et la crédibilité du professeur.

Si la vente d'ouvrages auto-édités doit absolument être proscrite dans les salles de classe, celle d'ouvrages signés par le professeur et publiés par des maisons reconnues devraient, à mon avis, être approuvée par un comité éthique (pourquoi pas celui déjà existant?). La nécessité d'établir un rapport pédagogique de confiance l'exige. Pour ma part, c'est avec beaucoup de gêne que, l'an dernier, j'ai proposé comme lecture des chapitres d'un ouvrage que je venais de faire publier par les Éditions du Septentrion. Ne pouvant me résigner à faire acheter mon livre, j' en ai donné un exemplaire à chacun des onze inscrits, faute de pouvoir compter sur une procédure déjà en place, sur l'approbation par mes pairs. Un collègue de mon département s'apprête à faire de même cette année. Je ne suis pas le seul à sentir cette gêne et à vouloir limiter le rapport marchand dans les relations maître-élève.