De la collégialité

Poursuivons notre réflexion sur l'enseignement universitaire et sa dimension éthique. Comme cet enseignement s'effectue dans le cadre de programme qui implique nécessairement d'autres professeurs, le rapport avec ces collègues a d'inévitables répercussions en salle de classe. Nous avions déjà abordé l'an dernier cette notion de respect des collègues qui nous interdit de dénigrer de quelques façons que ce soit un collègue devant des étudiantes. Mais il faut aller plus loin et cerner d'autres enjeux de ce devoir de collégialité.

Le premier exemple qui me vient à l'esprit survient dans la notation attribuée aux mêmes étudiants par les professeurs d'un même programme. Un étudiant ayant reçu des notes mirobolantes de la part des profs trouvera des motifs de se plaindre d'une mauvaise note attribuée par un autre prof du programme. Quoique ces notes variables puissent être méritées et bien justifiées, cette situation peut provenir d'un manque de respect de la pratique des collègues. Dans les sciences sociales où l'évaluation demeure en partie discrétionnaire puisque toutes les réponses sont perfectibles, une excellente note peut varier de 15 points d'un professeur à l'autre. S'il n'y a pas de consensus au sein du programme, pour traiter notamment des cas extrêmes, soit les excellents et les très mauvais étudiants, les profs manquent alors à leur devoir de collégialité. La sacro-sainte liberté académique des professeurs -que je réclame par ailleurs- ne justifie pas un mode d'évaluation personnel coupé de la pratique collégiale.

Un deuxième exemple de ce manquement au devoir de collégialité peut apparaître dans les exigences variables des professeurs. Que les profs ne demandent pas les mêmes types de travaux et qu'ils ne recourent pas aux mêmes types d'examen, cela fait partie de l'apprentissage universitaire. Je dirais même qu'il faut souhaiter que les étudiants soient confrontés à différents modèles. Mais quand ces variations mobilisent indûment les efforts étudiants au détriment des autres cours du programme, il y aurait alors faute sur le plan éthique. Un collègue qui, par exemple, demande 700 pages de lecture par semaine pour un cours pénalise les apprentissages des autres cours. La concertation entre collègue s'impose, à tout le moins à l'intérieur d'un programme. Les doubles concentrations et spécialisations, de plus en plus fréquentes, aggravent sans aucun doute ces risques, mais ils font partie, selon moi, des défis inhérents à ce choix de programme bicéphale et nous ne devons pas nous y attarder.

Respecter notre collégialité est encore plus manifeste dans les exigences relatives au mode de présentation des travaux. La variété des modèles en vigueur nécessite une adhésion collégiale afin de définir un système de référence commun. Heureusement qu'en cette matière, il semble déjà nous fassions preuve d'une collégialité que l'on souhaiterait s'appliquer à d'autres dimensions de notre pratique d'enseignement.