Respecter la liberté de l'étudiant

Dans le cadre de cette chronique pédagogique, j'aimerais aborder une autre idée d'ordre éthique, que j'appellerais cette fois «le respect de la liberté de l'étudiant». Cette question, qui m'interpelle déjà depuis plusieurs années, m'a amené progressivement à adopter une position avec peu de compromis possible. Le sujet d'aujourd'hui traite de la nécessité de laisser la liberté à la clientèle étudiante dans le cadre du choix qu'elle doive faire d'un ou d'une superviseur de recherche.

On a tous été tentés comme professeur d'approcher les bons étudiants de nos cours et de leur proposer de superviser la recherche qu'ils doivent faire dans le cadre de leurs études. Que ce soit au niveau du mémoire de spécialisation ou des études de deuxième cycle, la même question se pose pour de nombreux étudiants, soit de choisir un sujet intéressant dirigé par un ou une superviseur en qui on a confiance et avec qui on s'entend bien. Vouloir prendre les devants comme professeur et se proposer comme superviseur m'apparaît un geste controversé et qui leur enlève cette liberté. Comment l'étudiant peut-il refuser une telle offre? Il pourrait craindre les représailles de la part du prof si elle refusait. Plus souvent qu'autrement il se sentira obligé d'accepter.

Comme l'étudiant n'avait pas, la plupart du temps, de sujet bien défini, cette offre d'un prof pourra être perçue comme libératrice. Ou encore il se sentira flatté par une telle offre venant d'un prof. Pourtant, ce n'est pas acceptable sur un plan éthique. En tant que prof, on doit se taire et les laisser venir à nous, si il le souhaite. J'estime qu'il faut que ce choix du superviseur vienne de l'étudiant et ce, pour deux raisons.

La qualité de la relation maître-élève dans le cadre d'une recherche étudiante est cruciale pour le bon déroulement de cette formation qui s'étale toujours sur 8 mois, voire souvent d'avantage. Le choix du superviseur avec qui la communication est bonne permettra de régler bien des embûches car l'horizon d'attente professorale et étudiante diverge souvent. S'offrir comme superviseur me paraît menacer ce choix délicat de l'étudiant.

Une autre raison motive la liberté de choix de l'étudiasnt, soit la capacité du prof à susciter le dépassement de l'étudiant. Comme toute recherche reste perfectible, le prof est appelé sans cesse à exiger encore plus, à approfondir les lectures, à développer l'argumentation, etc. Mais pourra-t-il le faire aussi bien s'il a lui-même invité l'étudiant à travailler avec lui? Je ne crois pas. Il est possible que le prof se sente inconsciemment redevable, car en l'invitant il a promis implicitement un jardin de roses. Or, pour paraphraser Marx, le chemin de la connaissance demeure un sentier bien escarpé!