De la passion

Un jour on m'a demandé qu'est-ce qui caractérisait le mieux le bon professeur. J'ai répondu que la passion animait toujours le bon prof. Passion pour son métier, passion pour la matière et le sujet enseignés. La chose n'est pas facile à atteindre; mieux vaut se le fixer comme un objectif de vie. La passion a en outre des répercussions qu'il importe de souligner.

On pourra peut-être se demander pourquoi exiger des profs une passion quand ils ont dû faire tant d'efforts de raison pour terminer leur doctorat et poursuivre leurs recherches. N'y a-t-il pas là une contradiction, voire une position irréconciliable? Je ne crois pas. La quête de passion doit surtout se retrouver dans la pratique de l'enseignement car elle le bonifie et doit servir au premier chef la clientèle étudiante. Elle peut aussi servir de carburant pour toujours aller plus loin dans la quête de connaissance du prof et lui permettre de remettre en question même ses propres idées.

S'il faut faire preuve de passion dans son enseignement c'est que l'apprentissage en réclame. Une partie des connaissances acquises passe par l'émotion transmise par le prof. Un étudiant se dépassera pour un prof passionné et réussira mieux. J'ai souvent observé ce phénomène en salle de classe. L'émotion ressentie devient alors une invitation à partager, à dialoguer et à comprendre. L'investissement émotif de l'étudiant demeure la méthode la plus sûre de réussir ses études.

Mais cet investissement émotif étudiant ne se commande pas. Aucun prof ne peut l'exiger de ses étudiants, cela ne fait pas partie des composantes obligées du rapport maître-élève. Il est obtenu seulement quand le prof est perçu non comme un surhomme, un puits de connaissance, mais comme un individu normal qui peut s'emporter, s'exalter, faire des colères, s'arrêter sur un rien. À travers ces signes de passion, ce sont ses faiblesses, son humanité qui se manifestent.

Cette passion n'a pas que des avantages. Elle peut servir de prétexte pour ne pas aborder en classe la matière du cours. Elle peut mal guider le prof dans l'évaluation des travaux étudiants. Elle peut entraîner le prof à entretenir des relations compromettantes.

En somme, cette passion dans l'enseignement doit être, comme dans le sentiment amoureux, harnachée. Cela ne l'empêchera jamais d'être un torrent, mais un torrent dompté par des barrages dont il faut toujours signaler leur présence en classe.