Des relations strictement platoniques
Combien de fois ai-je entendu des rumeurs à propos de certains collègues masculins qui, à la l'Université Laurentienne comme dans d'autres universités auraient eu une liaison avec une jeune étudiante? Suffisamment de fois sans doute pour que ces cancans soient parfois fondés. Ne jouons pas à l'autruche, ces situations existent et me posent problème. Pour le moment, cette situation n'a pas impliqué, à ma connaissance de collègues féminins avec des étudiants. Mais ça viendra sans doute.

Sur un plan strictement légal, l'étudiante, arrivée à l'université, est majeure et peut entretenir avec qui elle le désire un rapport affectif, amoureux ou sexuel. Il en va de même pour les collègues. Mais qu'est-ce alors qui pose problème?

On conviendra sans doute que cette relation amoureuse inscrite dans un rapport pédagogique est inconvenable. En effet, l'objectivité de l'évaluation des activités d'apprentissage de l'étudiante est compromise puisque l'injustice apparente ou réelle ressentie par la classe -qui finit toujours par connaître l'existence de cette relation-, discrédite l'enseignement prodigué. D'ailleurs, cette situation est généralement mal perçu chez les profs et tous s'entendront pour dire qu'elle est inacceptable. L'ennui est que ce comportement est d'autant plus critiqué voire même dénoncé aisément que la liaison d'un prof avec une étudiante non inscrite dans ses cours fera l'objet de quelques sourires et potins et sera, somme toute, jugée amusante et acceptable. Or, cette situation pose, à mes yeux, tout aussi problème.

Le statut de professeur peut, semble-t-il, être attirant pour une jeune étudiante à la recherche d'un partenaire, d'un père, d'un mentor, d'une sécurité affective et financière. Peu importe ses motifs, l'étudiante a droit à vie privée et il n'y a rien à ajouter ni matière à discussions. Ce sont plutôt les motivations du prof., homme public et modèle, et les conséquences que cette relation entraîne qui peuvent perturber l'ensemble de son enseignement.

Si c'est le professeur plutôt que l'homme qui recherchait cette liaison, là je m'interroge. À partir du moment où le prof a consciemment utilisé son énorme pouvoir de maître pour plaire et pour séduire, il faut s'inquiéter. Utiliser son statut de prof à des fins personnelles cadre mal avec les principes éthiques que je défends. Mais il y a plus. Un tel comportement sème le doute au sein de la clientèle étudiante témoin de cette liaison. Tout à coup les étudiantes peuvent, à juste titre, se demander si elles sont vues comme des objets de désir par les profs plutôt que des êtres en quête de savoir. Toute confusion ressentie par les étudiantes quand aux intentions du prof pollue l'enseignement universitaire. C'est pourquoi, par exemple, une porte de bureau de prof ne doit jamais être fermée quand il rencontre une des ses étudiantes. C'est pourquoi un prof ne devrait jamais recevoir, en étant seul, une étudiante à la maison, etc.