Les travaux en retard

En jetant un coup d'œil à mes nombreux plans de cours, en 2013, deux éléments me frappent et méritent d'être abordés en complément de cette réflexion sur l'éthique de l'enseignement universitaire. Le premier concerne la remise par les étudiants de travaux en retard, qu'ils soient de fin de session ou non. En début de carrière, on ne prévoit pas cette possibilité, convaincu que toute la classe agira comme nous avions l'habitude de faire lorsqu'on était à leur place, du moins en ce qui me concerne. Au bout d'un moment, on se rend compte qu'en acceptant ces remises tardives, on pénalise ceux qui ont eu moins de temps pour le faire. Plus encore, on récompense ceux qui, mal organisés, se prennent à la dernière minute. Très rapidement, il a fallu chercher à rétablir la situation en pénalisant le travail retardataire. Une déduction de 5% par jour me parut amplement suffisante et aussi est-elle apparue dans mes plans de cours.

Mais à ma grande surprise, cela n'a pas eu le succès escompté, car presque systématiquement, au moins un travail par groupe, et plus souvent davantage, n'était pas remis à temps. J'ai eu beau dire à l'un et à l'autre qu'il perdait de précieux points, déjà que pour les fautes de français des travaux faits à la maison, on pouvait perdre jusqu'à 15% de la note finale (une moyenne de 10 fautes par page, faisait perdre 15% de la note), pourquoi ne pas au moins organiser son horaire pour respecter les échéances.

Il fallait faire autre chose. C'est pourquoi j'ai adopté une mesure radicale qui eut beaucoup plus de succès, à savoir que les travaux retardataires n'étaient plus corrigés puisqu'ils auraient la note 0, à moins d'un papier médical qui justifierait une semaine de convalescence. Mais il a fallu justifier cette pratique –non pas vis-à-vis mes collègues qui ont refusé d'adopter cette mesure, ni vis-à-vis le doyen– mais vis-à-vis la classe. Comme je prenais rarement plus d'une semaine pour corriger les travaux (voir à ce sujet le devoir de promptitude) et qu'au début de session j'expliquais clairement ma grille de correction (laquelle comprenait toujours quelques points pour la présentation matérielle de la page-titre, de la bibliographie, etc.), je me suis justifié en leur disant que j'entreprenais toujours la correction le lendemain matin de l'échéance, fixée généralement un vendredi, corrigeant d'abord tous les travaux en fonction de leur forme, pour ensuite évaluer le fond. Il me fallait donc avoir toutes les copies dès le départ afin d'entreprendre en même temps l' évaluation de chaque composante du travail (par exemple, corriger toutes les bibliographies d'un coup afin d'appliquer les mêmes critères) et ce, afin d'être le plus équitable possible.

Tout le monde a su très vite que tant que je n'avais pas commencé mes corrections à la maison –généralement autour de 6h00AM– que les copies n'était pas en retard. Aussi je ne compte plus le nombre de fois où on m'a remis, aux petites heures du samedi matin, un travail dans la boîte aux lettres extérieure de mon domicile! Je vois encore mon chien lever les oreilles quand un étudiant, s'approchant à pas de loup, venait apporter sa copie tandis que je me disais qu'il avait sans doute passé une belle nuit blanche, et que j'avais sans doute contribué à autre apprentissage fondamental de son existence!