2015: L'Alsace en automne

Je serai bref quant à cette autre traversée atlantique de merde. Pour celles et ceux qui ne le savent pas déjà, ce fut un départ initialement prévu de l’aéroport de Dorval à 17h15 qui, ensuite, a été retardé à 22h00 (à cause de problèmes techniques) et qui, alors que nous volions allègrement vers Lyon fut suivi, à 23h00, d’une annonce du pilote nous apprenant un retour forcé à Montréal ─en raison du non fonctionnement du pilote automatique, obligatoire pour traverser l’Atlantique. S’en est suivi un deuxième départ fixé cette fois à 1h30 du matin qui nous permet finalement de récupérer notre Citroën C4 à l’aéroport Saint-Exupéry de Lyon à 16h30 et d’arriver complètement exténués à Colmar à 21h05.

Ce qui frappe au départ en Alsace, ce sont les noms de lieu qui nous paraissent insaisissables parce qu’on ne connaît pas l’allemand. Le gîte est situé sur le «Sentier de la Niederau» (il ne faut pas prononcer le e qui suit le i) que nous atteignons après être passé par «Schoenenwerg» «Grosser Semm Pfad» et «Au Werg». Comment dire et se rappeler de ces noms que notre mémoire refuse de reconnaître? Il en va de même des villages voisins. Horburg-Wihr, Wintzenheim? Les dire correctement permettrait de se les approprier bien plus facilement. L’histoire et le passé alsaciens sont assurément marqués par une longue emprise allemande, tout comme la langue alsacienne avec ses intonations germaniques. Mais pourquoi ne pas avoir francisé ces lieux cédés à l’Allemagne en 1871 et récupérés en 1918? Parce que le passé alsacien fut longtemps germanique, l’Alsace est rattachée à la France que depuis la fin du 17e siècle et qu’on n’a pas pu en faire fi. Sans doute que les Alsaciens y étaient hostiles. Aujourd’hui, je devine que vouloir le faire serait jugé d’un nationalisme sectaire, car l’amitié franco-allemande qui au cœur de cette nouvelle Europe exige une attitude «politically correct».

À la boutique «Le marché de l’oncle Hansi» de Colmar, consacrée à l’œuvre de Hansi, pseudonyme de Jean-Jacques Waltz, ─ cet auteur et dessinateur alsacien, né en 1873 à Colmar et décédé en 1951 dans cette même ville─, la vendeuse nous a parlé d’un de ses dessins d’époque qui célébraient le retour de l’Alsace dans le giron français en 1918 sur lequel était entre autres dessiné un Allemand quelque peu ridicule et qui a été effacé de certaines reproductions officielles récentes justement pour des motifs de respect obligé envers l’Allemagne!

Waltz, né dans une Alsace allemande, a choisi un nom de plume d’origine germanique (HANS, pour Jean et I pour Iacob, c’est-à-dire, Jean-Jacques). Il est l’auteur de L’Alsace heureuse. Le grand bonheur du pays d’Alsace raconté aux petits enfants par l’oncle Hansi publié en 1919. Le connaissant depuis si peu, je suis incapable de juger de l’ampleur de son hostilité envers ce que certains appellent alors «Les Casques à pointe», c’est-à-dire les Allemands. Je ne sais pas si on peut parler de haine, mais certainement d’une lourde hostilité dédouanée par un humour et une bonne dose de naïveté dans ses dessins. Comme ce dessin tiré de L’Alsace heureuse à la page 49 d’un épouvantail habillé d’un uniforme allemand avec son casque à pointe.

Cela dit, Micheline et moi avons acheté deux affiches de Hansi qui avait dessiné le même village alsacien en 1917, alors qu’il est allemand, puis en 1918, redevenu français. En 1917, dans la maison en face de la fontaine du village qui sert d’école, on voit par les deux fenêtres des enfants qui se font battre par leur instituteur tandis que la même école, maintenant française, laisse apparaître en 1918 des enfants heureux et chantant La Marseillaise. Le message est on ne plus clair, quoiqu’il faille reconnaître que ces deux affiches s’inscrivent dans un contexte de propagande de guerre, des moments où le genre humain manque toujours de nuance!

Quelques mots maintenant sur Colmar, charmante par ses maisons multi-centenaires et joliment colorées. Moi qui aime beaucoup acheter mon vin dans ces contenants de 3 à 5 litres qu’on appelle cellier au Québec, j’ai été déçu d’apprendre qu’aucun vin d’Alsace ne peut de vendre sous cette forme. Le vin d’Alsace doit absolument être vendu en bouteille, donc plus cher.

Quant au côté touristique de Colmar, certes ce n’est pas Venise qui doit son existence essentiellement aux touristes, mais les touristes sont omniprésents ici. Les prix des gadgets à touristes vendus sont même légèrement plus chers qu’à Strasbourg. À propos du mot gadget, il faut savoir qu’il doit en quelque sorte son origine à Colmar. En effet, le sculpteur Bartholdi, né à Colmar et créateur de la statue de la Liberté, a été par la suite tellement célébré qu’on se mit à vendre des reproductions miniatures de la statue. L’entreprise «Gaget, Gauthier et Cie» en vendit au point que les Américains les baptisa des gadgets! Cela dit, le musée de Colmar qui lui est consacré ne vaut pas la peine, à moins d’être amateur du processus sculptural.

Ça lui est arrivé deux fois

Par un beau dimanche ensoleillé, avec Étienne et sa blonde Patrycja, on a passé la journée sur la route des vins d’Alsace avec notamment un arrêt obligé dans le village de Riquewihr que nous avions visité il y a 25 ans lors de notre premier voyage en France. Un Riquewihr qui m’a semblé plus coloré qu’à l’époque –Burano a fait des émules! À l’office de tourisme de Colmar, on avait aussi parlé que le village de Saint-Hippolyte ─un des trop rares villages alsaciens à afficher un nom à consonance française─ organisait une fête du vin nouveau. Cette année les vendanges se sont terminées fin septembre. On s’y dirige pour trouver un animateur de foule qui dispose d’un répertoire de chansons de circonstance et des gens attablés qui mangent pour beaucoup des tartes flambées (flammekueches) et boivent du vin. À la buvette, on vend entre autres du vin des années précédentes mais aucune bouteille en bas de 10 Euros. Le vin d’Alsace est cher. Peu de touristes, que des gens de la place ou des environs. Un seul kiosque de producteur de miel. Quant au vin nouveau, il goûte essentiellement le jus de raisin car sa fermentation est à peine amorcée. En revanche, on a bien goûté cette route sinueuse et vallonnée, d’autant que nous étions en fort bonne compagnie avec en prime une température idéale de 20 Celsius.

Le soir venu, tandis qu’Étienne et Patrycja sont allés prendre une marche dans un vieux Colmar plutôt désert un dimanche soir, ma blonde me confie qu’elle ne sent pas bien du tout, qu’elle a les «bleus». Cela me surprend car la journée a été somme toute fort agréable. C’est le lendemain matin que je trouve la cause de son malaise. J’apprends en effet par courriel que la meilleure amie de Micheline, Jasmine, vient de mourir, son cancer l’ayant finalement emportée. Alors que ma blonde se sent mal, Jasmine vient de nous quitter et l’autre bord de l’Atlantique, en somme elle a ressentie inconsciemment cette perte.

Difficile à croire? Si je vous disais qu’un épisode semblable lui est arrivé à Sudbury il y a une douzaine d’années. Ce vendredi matin-là, Micheline se réveille désespérée et complètement bouleversée. Elle me dit qu’il faut absolument qu’elle parte pour Montréal, malgré les 700 kilomètres à parcourir. Je la laisse partir seule ayant des engagements en fin de semaine. J’apprends finalement par téléphone en début d’après-midi que Jocelyne, une autre de ses grandes amies, est morte ce matin-là, elle aussi emportée par un cancer! Ma blonde a assurément des dons de sorcière.

Une belle découverte

Le fromage de la région le plus connu est le Munster. Ce fromage aux odeurs particulières est fabriqué tout près de Colmar dans les Vosges. Une visite s’imposait. Il est produit par des vaches en grande majorité vosgiennes qui passent six mois de l’année dans les alpages en montagne. Ces vaches ne sont pas de grandes productrices de lait, mais elles produisent une viande de boucherie recherchée. C’est vers la fin octobre qu’on ramènera les troupeaux au bercail avant les premières neiges. Assistant aux différentes étapes de fabrication (chauffer le lait à 32 Celsius, etc.) on nous propose de le goûter tout frais avant son salage et sa mise en moule, alors qu’il est sous forme d’une faisselle. Mais on lui ajoute une touche particulière qui le rend tout à fait exquis : un peu de sucre et surtout une giclée de Kirsh, cette eau-de-vie de cerise que je n’utilisais, pauvre néophyte que je suis, que dans les fondues au fromage. Je me suis promis de l’essayer avec bien des faisselles, sans le sucre! Achetée dans les grandes surfaces, comme au Leclerc, la faisselle de La Bresse (vallée voisine de Munster dans les Vosges) donne un résultat qui se rapproche du goût. Essayez! Bien sûr si vous venez à Colmar vous trouverez sur les routes des kiosques de produits fermiers qui vous permettront de vous procurer de la faisselle de Munster, comme c’est le cas à Hachimette et bien sûr, au village même de Munster.

La visite d’Étienne et de Patrycja

Ils sont partis mercredi matin pour la Champagne et Paris. Le gîte me semble vide comme à chaque fois que notre visite nous quitte des gîtes loués. N’ayant pas eu le temps de bien s’enraciner, j’ai l’impression que leur présence comble les vides ressentis de sorte que leur départ nous laisse seuls avec un nouvel environnement encore à faire nôtre.

En quatre jours, il fallait un programme de visites bien rempli : jour 1 : Colmar la ville et son marché; jour 2 : la route des vins d’Alsace : jour 3 : Munster, Lapoutroie et le Château Haut-Koenisbourg; jour 4 : Strasbourg. À l’inverse de nous qui avons tout le temps, pour eux, le temps est compté. Le boulot les attend et les vacances sont comme les premières bouchées d’air que l’on prend après avoir nagé sous l’eau : chaque atome d’air compte.

Leur présence permet de se connaître mutuellement. On connaissait peu Patrycja, maintenant elle nous est plus familière. Peut-être qu’en faisant notre connaissance, elle parviendra à mieux saisir son chum. De notre côté, être aux premières loges de leur amour naissant nous comble, bien que, comme on en a l’habitude, on se fera fort de ne pas s’immiscer.

Kaysersberg

Parmi les objectifs que nous nous étions fixés lors de ce voyage, il y avait l’idée de renouer contact aves des amis que nous nous étions faits lors de notre croisière en 2013. Les prises de contact par courriel cet été avec Éric et Antoinette n’auguraient pourtant rien de bon car Antoinette, qui est travailleuse viticole, serait occupée par les vendages. Mais comme les vendages se sont terminées relativement tôt, Éric nous a invités à dîner chez eux à Fréland dans les Vosges. Non seulement avons-nous eu droit à une choucroute bien copieuse, à une vue magnifique de leur vallée, mais ils nous ont fait visiter Kaysersberg où ils ont grandi. On s’est promis de se revoir avant la venue de notre fille Marjolaine et de son chum Maxime.

De la route pour se diriger vers le musée de l’eau-de-vie de Lapoutroie (la dame qui tient la boutique vous y promet de belles dégustations!), la route de contournement qui ceinture Kaysersberg ne m’avait pas donné bonne impression sur ce village. Mais quelle beauté qui n’a rien à envier à Riquewihr! Je vous le recommande vivement, tout comme Éguisheim. Et surtout à Kaysersberg ne manquer pas l’église qui de l’extérieur ne paie pas de mine, mais qui à l’intérieur donne un choc avec ce colossal Jésus-Christ en croix et un magnifique retable au dessus du maître-hôtel. Plutôt qu’être allés à la Fête du vin nouveau, il aurait fallu absolument s’y rendre. Les prochains visiteurs y auront droit, c’est promis.

Sainte-Marie-aux-Mines

Intéressé depuis plus de 20 ans à l’histoire minière, j’avais inscrit dans mon programme de visites cette région des Vosges. L’exploitation des mines d’argent de la région remonte au milieu du 16e siècle, soit peu de temps après que Jacques Cartier ait «découvert» le Canada en 1534. Le musée de Tellure valorise ce passé de belle façon en nous faisant visiter des anciennes galeries, certaines datant de plus de 400 ans. Quel retour dans le passé minier que de s’aventurer dans ces couloirs, bas, étroits et inégaux creusés à même une roche à la recherche des filons.. La plupart du temps on y circule en tournant les épaules tellement les parois sont rapprochées, tout en se méfiant de heurter la tête sur les plafonds.

Le travail à l’époque se fait avec une petite pioche, appelée «pointerolle». Sa partie métallique, qu’on fixait sur un manche de bois, est affûtée à tous les jours par les forgerons de la mine. Ce dur labeur a laissé des traces bien visibles sur les parois que j’ai pu sentir avec mes doigts. Chaque mineur se dirige vers son chantier avec un manche et 8 pointerolles. Au contact de cette roche dure, la pointerolle maniée à force de bras s’émousse au bout d’une heure. Pour s’éclairer, ce sont des lampes en forme de bol muni d’un manche et dans lesquelles les responsables ont versé une quantité juste suffisante de suif pour l’éclairer faiblement pendant son quart de travail de 8 heures.

Comment rendre l’émotion ressentie de retourner si loin en arrière avec ces mineurs qui font alors le métier de manière purement artisanale et ce, comme il avait toujours été fait depuis sans doute quelques millénaires? On est loin du forage mécanique et de la dynamite employés lors de cette formidable ruée vers l’argent qui a lieu à Cobalt en 1904 dans le Nord ontarien. J’ai adoré cette expérience de vivre en quelque sorte l’année zéro, le «Big Bang» de l’histoire minière. Sans doute y ferais-je faire allusion lors du lancement de mon prochain livre sur les mineurs de Kirkland Lake en mai prochain.

La visite de Guénola et de Michel

Nos amis normands nous ont rendu visite, ce qui nous permettait de les revoir depuis notre voyage à Avranches en octobre 2013. Comme si c’était hier alors qu’on ne s’était pas vus depuis deux ans. Décidément il y a de ces amitiés transatlantiques qui peuvent se nourrir et durer. S’il nous a fait plaisir de revoir avec eux des lieux déjà visités comme la fabrication du Munster et le Musée de l’eau-de-vie de Lapoutroie, nous avons visité ensemble le terrible camp de concentration nazi «Le Struthof» perché dans les Vosges à 800 mètre d’altitude. Quel contraste entre la beauté du paysage environnant, en ce début d’automne, et la laideur de ce que les hommes gammés ont pu y faire, soit mettre des hommes aux travaux forcés pour extraire, dans une carrière toute proche, du précieux granite rose destiné aux édifices allemands du 3e Reich!

Camp de travaux forcés réservés aux hommes entre 1941 et 1944, le site qu'il ne faut pas confondre avec les camps d'extermination, était auparavant une station de ski fréquentée par les Strasbourgeois de la classe moyenne. Exténués, vieillissants ou affaiblis par le régime de travail et les pauvres rations alimentaires, les prisonniers politiques, juifs, homosexuels et autres, étaient abattus par les gardes SS et finissaient ainsi souvent leur vie dans le four crématoire du camp.

Pour faire contrepoids et pour oublier cette triste journée, nous avons fait ripaille le dernier soir de leur séjour : salade d’endives, pommes et noix cueillis sur place (les noyers abondent et sont généreux en cette saison), des pâtes, un Saint-Estèphe. Comme dessert, une faisselle de Munster achetée à Hachimette, une giclée de Kirsh et des coings que Michel nous a appris à cuire et à apprêter.

Je termine sur leur visite par un commentaire de Michel émis lors d’une de nos nombreuses discussions. La première fois qu’ils nous avaient reçus à manger en 2010, alors qu’on se connaissait à peine, il avait été frappé par ma chemise hawaïenne que je portais fièrement. Bien sûr, il ne savait pas que j’ai une collection de ces chemises très colorées qui m’ont servi pendant toutes mes années d’enseignement. Et c’est seulement maintenant qu’il m’avoue qu’à ce moment-là, ce qu’il a pensé de moi : quelqu’un qui s’habillait ainsi ne devait pas se prendre au sérieux! Ce qui est vrai, mais c’est seulement maintenant qu’il me fait prendre conscience du message que je transmets aux gens qui ne me connaissent pas en arborant ces chemises. Combien de mes étudiants et étudiantes ont pensé la même chose lors de leur première heure de cours avec moi? Avec beaucoup d'humour une de mes étudiantes, Miriam Cusson, a justement raconté en 2008, lors de ma fête de retraite, ce choc de notre première rencontre.

De l’Alsace et de la Lorraine

Endoctriné par le discours des intellectuels et des historiens nationalistes français voulant que l’Alsace et la Lorraine étaient une terre française injustement perdue à la suite de cette guerre de 1870-1871 que les Prussiens retords avaient gagnée, j’étais resté sur cette impression naïve d’une Alsace de culture et de tradition française que la victoire de 1918 avait enfin rétablie. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le discours et les dessins de Hansi m’aient autant séduit. Vue de l’Amérique, cette image simpliste était réconfortante : une injustice commise à ma mère-patrie, le Canada-Français étant un des héritiers culturels. Vivant pendant plus d’un mois en Alsace, je perds mes illusions : l’Alsace est demeurée germanique par son parler alsacien, par ses noms de lieux et par sa culture (par exemple, les trains en Alsace roulent, comme en Allemagne, dans le sens contraire de ceux de la France). Napoléon disait de ses soldats alsaciens, peu importe s’ils parlent en allemand, pourvu qu’ils sabrent en français!

Quand les Prussiens victorieux réclament l’Alsace et une partie de la Lorraine en 1871, ils réclament une terre qu’ils considèrent être culturellement leur et qu’ils pourront aisément intégrer. En quelque sorte, ils croient fermement corriger l’histoire. Quand Hitler bat la France en 1940, l’Alsace devient province allemande et plus de 90 % des gens qui y vivent encore parlent une langue cousine de l’allemand. Une affiche publiée en 1944 par les autorités françaises réinstallées en Alsace le montre avec éloquence. C'est en allemand qu'on s'adresse à la population par cette propagande visant à nettoyer la région de ses attributs allemands. D’ailleurs de nombreux soldats allemands tenteront de se faire passer pour des Alsaciens en 1945 lors de la défaite du 3e Reich. Les voyages permettent assurément de revoir ses idées préconçues, y compris celles intériorisées depuis longtemps.

Le gîte

Quelques mots sur le gîte de Colmar. Au départ, ce qui nous plaisait, c’était son emplacement : à 15 minutes de marche à la fois du centre historique de Colmar et d’une grande surface, en l’occurrence E. Leclerc. Ce choix s’est avéré fort pratique puisqu’il m’a permis d’aller faire des courses lors de mes marches quotidiennes et qu’il nous a souvent incités à aller faire une petite balade à Colmar. C’était en quelque sorte avoir le beurre et l’argent du beurre!

Bien qu’au troisième étage (en France on dit le 2e étage car le 1er étage se situe au dessus du rez-de-chaussée) le gîte est magnifiquement éclairé par de grandes fenêtres. Dans le salon on en compte deux orientées vers le Sud et qui donne une belle lumière les après-midi et une vue sur cette ancienne zone maraîchère de Colmar aujourd’hui devenue banlieue avec des stationnements sur la rue, denrée si rare dans le Vieux Colmar. Je vous le recommande sans hésiter.

La visite de Marjolaine et de Maxime

Dans la dernière semaine de notre séjour, notre fille Marjolaine et son chum sont aussi venus en Alsace. La dernière fois qu’elle était venue nous voir en France remonte à 2006, c’est dire combien sa visite faisait plaisir. Bien sûr, elle et Maxime ont eu cette même ─et fort légitime─ urgence de voir beaucoup en un peu plus de 3 jours. Leur visite, comme les deux précédentes, nous ont permis de partager certains de nos coups de cœur, à l’instar de cette rencontre-dégustation avec Mme Monette au Musée de l’eau-de-vie de Lapoutroie.

Sans doute que nous nous sommes également apprivoisés en partageant un quotidien, en mangeant deux fois au restaurant dont un souper en l'honneur de l’anniversaire de Micheline, gracieuseté de Marjo et Maxime, mais ce qui me reste le plus, c’est la visite qu’avait planifiée Maxime chez le viticulteur Marcel Deiss à Bergheim. Les deux heures que nous y avons passé m’ont marqué. Ce producteur, peu orthodoxe, est un adepte de la «complantation», procédé qui consiste à mélanger, dans un même rang de vigne, différents cépages. Chez lui, ce sont par exemple des cépages de riesling, de pinot noir, de muscat qui se côtoient. Placés chacun dans leur rang, ils se feraient la guerre, mais plantés alternativement à la queue leu leu, ils unissent leur force et leur caractère pour tirer du terroir tout son potentiel. Exploitant plusieurs parcelles de terre, ce producteur peut produire des vins complexes et fort différents. Nous en avons eu la preuve en goûtant notamment deux vins de 2012, tirés des mêmes vignes complantées à 3 kilomètres de distance. Si mes souvenirs sont bons, le mélange de riesling, pinot noir, pinot gris, pinot beurot et muscat a donné un Engelgarten issu d’un sol graveleux et un Langenberg provenant d’un terroir de granit. Mais quel contraste entre les deux!

Quand on y pense, il est un adepte de la biodiversité : un seul cépage ne permet pas de tirer du sol toute sa complexité, pas plus que dans mon enseignement, un seul mode d’évaluation m’aurait permis de bien juger de la qualité d’un étudiant!

Le décès de Michel

Quelques mois après ce beau voyage, Micheline et moi apprenons le décès de Michel survenu le 13 février 2016. Quelle tristesse! Pour lui rendre hommage, une photographie de nous quatre prise au Struthof.