2014: TOSCANE et CÔTE D’AZUR

Ce fut mon véritable premier séjour en Italie que ces 5 jours passés à la mi-septembre. Séjour suffisamment long pour me faire une idée et me forger quelques impressions. D’abord, au sujet des femmes italiennes : en dépit des Sophia Loren et Gina Lolobrigida de ma jeunesse, je ne les ai pas trouvées attirantes. Bien qu’elles ne souffrent pas d’embonpoint, elles ont, pour la plupart, un visage rude, comme si elles étaient privées de douceur. Elles ne sont assurément pas mon genre.

Le premier coup de cœur de ce séjour va à Michel-Ange et à sa statue tirée d’un seul bloc de marbre blanc et représentant David. Statue géante qui trône à la Galerie de l’Académie de Florence. Cette statue dont le profil arbore les livres que Micheline et moi avons publiés aux éditions David d’Ottawa. Je laisse le romancier et spécialiste de l’histoire de l’art, Dan Brown, le décrire comme il le fait si bien dans son roman Inferno : Le chef-d’œuvre du maître, son vaisseau amiral haut de sept mètres. Le David. Sa taille hors norme, le dessin des muscles saisissaient tous ceux qui voyaient la statue pour la première fois… Ce fut la pause qui avant tout l’avait fasciné. Michel-Ange avait repris la tradition antique du Contrapposto, le fameux déhanchement, pour donner l’illusion que David s’appuyait sur sa seule jambe droite, et que son membre gauche n’avait aucune charge, alors qu’il supportait des tonnes de marbre.

Mon autre coup de cœur, toujours à Florence, est une pièce du Palazzo Vecchio, ce «vieux château» des maîtres de Florence qu’ont été notamment les Médicis. Cette pièce datant de la deuxième moitié du XVI siècle fait environ 100 mètres carrés. Appelée la salle des cartes, elle a au centre, un immense globe terrestre et sur les quatre murs une cinquantaine de cartes des différentes parties du monde, y compris d’une Amérique nouvellement découverte. Le pouvoir, c’est la connaissance alors que nous sommes à une époque de grands bouleversements géopolitiques. Les ducs de Florence, qui figuraient parmi les grands de l’Europe, voulaient bien connaître le monde qui s’offrait à leur puissance.

Plus largement, ce qu’il m’a frappé le plus en Italie c’est cette notion de contrôle exercé par les autorités, et ce qui n’est peut-être pas sans lien avec ce qui précède. Chaque hôtel, gîte ou auberge demande d’enregistrer le passeport des clients, information ensuite transmise quotidiennement à la police locale qui est ainsi au courant des allers et venues des étrangers sur son territoire. Être un terroriste en provenance de pays islamiques, je ne choisirais pas l’Italie pour frapper mon premier coup d’éclat. Ce contrôle on le voit aussi dans les cafés des haltes routières et dans plusieurs commerces, avant de commander un café, on passe à la caisse payer d’abord sa consommation et pourvu d’un reçu on demande son café. Les consommations gratuites ou qu’on a oubliés de faire payer sont forcément beaucoup plus rares.

Venir en Italie en septembre, c’est assurément profiter de la fraîcheur des fruits et légumes. Que les tomates et les poires sont bonnes! Micheline garde en tête une entrée faite de magnifiques tranches de poire et de fromage arrosées de miel qu’elle a, bien sûr, prise en photo! C’est aussi pouvoir se rendre compte de ses propres yeux que les Italiens sont un formidable peuple mycophage. Partout, j’ai vu des cèpes de Bordeaux (porcini) en vente, de toutes les tailles, mais toujours non nettoyés avec encore un peu de terre ou de sable sur les pieds et le chapeau. À l’inverse de chez nous, on n’a pas besoin de les aseptiser pour les rendre appétissants. On connaît leur goût depuis des millénaires!

Et pour ceux qui ont suivi il y a deux ans ma découverte du laurier-sauce en pays minervois ─je parle bel et bien du laurier que l’on met dans nos sauces à spaghetti─, j’ai été surpris de constater qu’en Italie, plusieurs propriétés avaient choisi cette plante pour ériger des haies afin de ceinturer leur propriété. Si j’avais vu déjà en France des haies faites de romarin, je ne savais pas que le laurier-sauce pouvait aussi faire office de clôture. Peut-être est-ce à cause du temps de l’année, mais je l’ai trouvé, cette année, beaucoup plus odorant. Tellement d’ailleurs que c’est en prenant ma marche du soir que je l’ai reconnu, en bordure d’un trottoir de Florence, en ayant d’abord été attiré par une odeur vaguement familière. Inutile d’ajouter que j’en ai arraché quelques dizaines de feuille qui seront rapportées séchées à Montréal et qui me permettront d’ajouter un petit goût florentin à ma sauce!

La première semaine en Côte d’Azur

Parce que nous avions visité Nice pendant 3 jours l’an dernier, nous avions pu anticiper ce séjour en Côte d’Azur. On savait que nous serions dans une zone fort touristique et dotée de nombreux sites à visiter dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres. Et à ce chapitre, nous n’avons pas été déçus. Par ailleurs, nos espoirs d’une météo plus clémente que celle subie en Anjou l’an dernier ont vite été confirmés avec un mercure qui, le jour, n’a pas descendu en bas de 23 Celsius durant tout notre séjour. Micheline la frileuse, qui se baignait lorsqu'on vivait à Sudbury seulement entre le 25 et le 27 juillet!, s'est baignée dans la Méditerranée un 27 septembre (et même un 18 octobre!) Non seulement une bonne chaleur sèche, pour ainsi dire pas de pluie, ce qui facilite la planification des voyages quotidiens que nous faisons, comme ces visites de sites situés à proximité tels Vence, Saint-Paul de Vence et Antibes.

Bien que l’eau soit chaude en septembre et encore en octobre, les plages de galet de Nice demeurent très inconfortables lorsqu’on est pieds nus Si Saint-Paul-de-Vence attitre davantage de touristes et offre une belle variété de produits artistiques et une vue fort intéressante de la région, j’avoue avoir préféré Vence pour sa cathédrale qu’on nous présente comme la plus petite de France (et pour la chapelle du Rosaire dont je parle plus loin). Dans cette cathédrale, on trouve certes une mosaïque originale de Chagall, mais aussi, jusqu’à la fin septembre au jubé, le Calvaire de Vence, soit un chemin de croix fait de sculptures de bois de plus d’un mètre de hauteur peintes de différentes couleurs. Fabriqué au XVII siècle, ce calvaire était à l’origine disséminé dans différentes chapelles des environs et répondait à une ferveur qui avait besoin d’images, comme ces vitraux des cathédrales, pour nourrir la foi. Converties en hangar par les cantonniers lors de la Révolution française, ces chapelles rurales avaient miraculeusement conservées ces vestiges.

Mercredi le 24, ce fut autour de Cagnes-sur-Mer, la ville où nous vivons et faisons nos courses presque quotidiennes. Si l’intérieur du musée Renoir fut décevant en raison de la rareté des tableaux du maître, il en va tout autrement de la grande propriété où vécut Renoir au cours des dix dernières années de sa vie et dont apprend à apprécier les mérites grâce à un film tourné sur la propriété dans les années 1950. Ce film livre le témoignage du cinéaste Jean Renoir, un des 3 fils du peintre.

La propriété, embellie par ces magnifiques oliviers tout tordus, est achetée en 1910 alors que c’était encore la campagne et que Cagnes était un village de pêcheurs. Renoir raconte que les gens du coin disent que certains de ces oliviers sont millénaires. En fait, si on compare leur taille aux trois célèbres oliviers du Pont du Gard qui sont effectivement millénaires et que nous avions vus il y a quelques années, cela paraît tout à fait vraisemblable. Imaginez : les plus jeunes oliviers de la propriété auraient été plantés, entre deux guerres, par les soldats de François 1er il y a 500 ans!

De ces oliviers, Renoir disait : «Ces cochons d’oliviers»! parce qu’ils sont bien difficiles à peindre en raison de leur couleur changeante au gré du vent et des trous de lumière volatiles qu’ils laissent passer entre leurs feuilles.

C’est du château-musée Grimaldi de Cagnes que je veux aussi vous entretenir. Dans une des salles, sont réunies une quarantaine de toiles d’artistes différents qui ont peint la même personne pendant quelques décennies. Celle dont a tellement fait le portrait est l’artiste et chanteuse Suzy Solidor (une recherche Google vous fera vite savoir de qui il s’agit). Ce n’est pas tellement la qualité des peintures affichées qui m’a interpellé, quoique cela reste très saisissant, comme cette manière qu’elle a trouvé de survivre après sa mort, dans des pauses et des expressions authentiquement différentes.

Certains d’entre vous savez que si j’écris et cherche toujours à faire publier mes écrits, c’est simplement pour survivre après ma mort. Demeurer bien vivant à travers un de mes livres ou dans un de mes articles qui seraient conservés dans des bibliothèques privées et publiques, tel est mon leitmotiv depuis bientôt 40 ans. Par mes écrits, je ne cherche pas la célébrité, qui risque fort, de toute manière, d’être éphémère. Sans doute aurait-il fallu que je choisisse comme sujet d’écriture, d’autres thèmes que la vie peu sexy des mineurs, d’un champignon ou des forêts, pour aspirer à me faufiler pendant quelques siècles entre deux livres ou entre deux fichiers numériques d’une collection quelconque. Le roman aurait sans doute été préférable à l’essai historique. À ce titre, ma blonde, sans être animée par cette même quête d’infini, réussit bien plus que moi. Encore en 2013, soit 5 ans après sa parution, son recueil de nouvelles trouvait encore preneur auprès de 80 personnes, si on en croit le dernier bilan de ses modestes droits d’auteur. Pour survivre, il y aura toujours son nom qu’on peut faire graver sur une pierre, comme je le fis cet été pour ma mère. Mais qu’est-ce qu’un nom après que les derniers qui nous ont connu soient disparus? Outre le roman, il y aurait donc se faire peindre par un artiste suffisamment talentueux pour que la toile demeure très longtemps accrochée dans un musée! Je n’y avais pas pensé jusqu’à maintenant.

Nice

Cette année, nous n’avons pas été chanceux avec nos deux sorties vers Nice, malgré ce temps magnifique que nous avons depuis 3 semaines. D’abord, ce fut dimanche dernier. C’était tôt le matin pour éviter la circulation et les nombreux touristes qui visitent la ville à longueur d’année. Je m’étais bien préparé avec mes plans et une consultation de Google Maps, en connaissant l’endroit de quelques stationnements situés près du vieux Nice. Mais sur la Promenade des Anglais à deux kilomètres de l’arrivée, la circulation est interrompue en raison d’un mini-marathon. Les gendarmes nous obligent à prendre un détour qui rapidement s’avère un labyrinthe en dépit du GPS qui nous guide on ne sait plus où. Il faut dire que depuis l’an passé, nous n’avons plus une confiance absolue en ce machin qui est tombé en panne à deux reprises. Encore cette année, il m’a mal indiqué l’emplacement de notre hôtel de Florence.

Cette première aventure nous avait incités à y retourner en transport en commun cette fois. À raison d’un petit Euro, on peut en effet faire le trajet de Cagnes sur jusqu’au centre-ville de Nice. Pourquoi s’en priver! Si l’allée s’est bien déroulée avec une arrivée Promenade du Paillon. Mais quel retour! Attendant notre autobus 200 qui relie, à toutes les 15 à 20 minutes, Nice à Cannes, on constate un attroupement à l’arrêt d’autobus. Nous sommes plusieurs à attendre ce bus qui tarde et qui tarde. Après une recherche infructueuse pour trouver un autre arrêt en amont qui nous permettrait peut-être de nous asseoir (le trajet prend 30 minutes de Cagnes à Nice avec une vingtaine d’arrêts entre les deux). On apprend que le trajet habituel a été modifié en raison des manifestations des employés et propriétaires des pharmacies qui contestent la nouvelle réglementation qui permettrait entre autres aux pharmacies des grandes chaînes d’alimentation telles Carrefour et E. Leclerc de vendre des médicaments.

Les choses allaient donc de mal en pis ou, pour reprendre une expression qui remonte à mes études latines, voulant éviter un malheur, nous étions tombés sur pire encore : «Nous étions tombés de Charybde en Scylla». Ces deux monstres de la mythologie grecque, que j’ai d’ailleurs revus à la fontaine de Neptune qui jouxte le Palazzo Vecchio! Pourtant, quand j’étais à Florence, en jetant une pièce de 20 centimes dans la fontaine, je n’avais pas demandé de revoir Charybde, celle fille du dieu des mers, pas plus que Scylla.

Je reviens sur le bus. Comme à Florence d’ailleurs où nous avons pris souvent ce transport en commun, les arrêts du bus ici ont tous des noms. Plutôt qu’être des lieux impersonnels comme chez nous, ils ont leur identité, presque leur caractère. D’ailleurs l’arrêt de bus à proximité du gîte s’appelle «Saphyr». De la même manière, les maisons avaient, autrefois, des noms plutôt qu’un numéro civique anonyme et standard. Quand nous avons vécu un an à Nant, il y a 20 ans, la maison louée s’appelait La Mouline. Certains d’entre vous, se rappellent peut-être de nous avoir envoyé du courrier à cette adresse.

Vallauris

Il y a près de 50 ans, Micheline avait une correspondante qui vivait à Nice. Elle lui avait demandé d’aller prendre des photos d’une fresque de Picasso qu’il avait peint en 1952 sur les deux murs en arc d’une chapelle romane à Vallauris. À l’époque on avait le droit de photographier, mais les photos envoyées par la correspondante étaient en noir et blanc. Micheline s’était bien promise de revoir cette fresque en couleur intitulée «La guerre et la paix» peinte en pleine guerre froide avec ses deux évocations qui se font face, l’une évoque les bonheurs de la paix et l’autre les malheurs de la guerre. Lundi, quand nous y sommes allés, nous étions seuls à pouvoir l’admirer. Elle a été quelque peu déçue, moi non. Sans être aussi célèbre que «Guernica», la peinture m’a beaucoup touché. Dans sa représentation de la paix, l’homme peut lire et écrire, et les enfants ont des ballons qui renferment des oiseaux tandis que dans une cage nagent des poissons. La liberté est telle que les barrières habituelles qui contraignent les animaux sont même brisées!

Toujours au sujet de Picasso et de la guerre. Un ami photographe de Picasso, David Douglas Duncan qui a pris des milliers de photographies de l’artiste dans sa vie quotidienne entre 1956 et 1973, raconte, dans un entretien diffusé au Musée Picasso d’Antibes, la conversation qu’il a eue avec Picasso au sujet de sa peinture intitulée «Femme assise» et datant de juin 1939. Pour Picasso, cette femme est le Japon avec son drapeau stylisé en forme de chapeau. Un Japon menaçant et conquérant qui regarde un frêle et pacifique oiseau ─symbolisant les États-Unis d’alors. Perché sur son épaule, l’oiseau innocent aurait dû se méfier. Certains pensent que Picasso aurait en quelque sorte anticipé le désastre de Pearl Harbour survenu deux ans plus tard.

Capteurs particulièrement sensibles des émotions et des sentiments de leur environnement, les artistes parviennent inconsciemment à sentir et même à pressentir des événements dont la virtualité reste encore embryonnaire. C’est ainsi qu’un ami de Sudbury, Yvon Gauthier, possède une peinture datant de 1979 de Jennifer Hopkins, intitulée «Falling City Landscapes» et qui préfigure justement le drame de l’effondrement des tours du World Trade Center. On dit même que plus d’un artiste avaient anticipé ce drame du 11 septembre 2001.

Ce pouvoir d’anticipation des artistes, je l’ai retrouvé également dans la magnifique chapelle du Rosaire de Vence que je ne saurai trop vous recommander. Œuvre de Matisse , la chapelle des sœurs de la communauté dominicaine de Vence prendra trois ans de sa vie et sera inaugurée en 1951. Si elle occupe autant de temps à cet artiste, alors au crépuscule de sa vie, c’est qu’il la conçoit dans les moindres détails tant à l’extérieur qu’à l’intérieur : du choix des tuiles du toit, en passant par les bénitiers, les décorations intérieures, l’emplacement et le choix des vitraux, de l’autel, du tabernacle, des chandeliers, etc. La chapelle est d’un tel dépouillement, d’une telle simplicité, d’un tel naturel qu’on ne peut pas croire que peu importe où se pose le regard du visiteur, l’artiste y ait été l’artisan avec ses choix longuement soupesés.

Si je parle d’anticipation de Matisse c’est en regard de l’orientation de l’autel et de l’emplacement du célébrant. Jusqu’à Vatican II, au début des années 1960, le prêtre fait dos aux fidèles car il s’adresse à Dieu. Ceux qui ont connu ces messes en latin s’en rappelleront. C’est pourquoi l’autel avec toutes ses parures est au fond du chœur. Mais Matisse voyait les choses bien autrement. Il place l’autel en diagonale à 45 degrés orienté vers l’est en l’éloignant des murs de telle sorte que le célébrant puisse faire face à la fois aux dominicaines, dont les stalles sont dans un transept et aux fidèles situés dans la nef. La chose fit scandale à l’époque, l’artiste avait pressenti la nécessité des bouleversements qui vont secouer l’Église catholique au cours des années 1960. Assurément, cette chapelle fait partie des plus belles choses vues au cours de ce voyage.

Laissons parler Marie-Thérèse de Séligny dans son ouvrage (Matisse Vence : La chapelle du Rosaire)et d'où est tirée cette photo :« La chapelle du Rosaire de Vence : l’autel vu de l’arrière de la nef. Des vitraux, jaune citron, vert bouteille et bleu outremer qui changent de couleur selon l’ensoleillement, un autel où même le crucifix, les chandeliers ont été conçus par Matisse. Allongés et minces, ils ne gêneront pas la vue du célébrant!»

D’une entrevue radiophonique et d’une banale conversation

Jusqu’à ce j’entende cette entrevue radiophonique, je ne savais pas qu’à l’inverse de plusieurs langues européennes, la langue française avait rapidement forgé son propre mot pour désigner le «computer». Dès les balbutiements de cette machine révolutionnaire, s’est imposé dans la langue de Molière le mot «ordinateur». L’origine de ce mot est plutôt amusante et mérite d’être racontée. Lors d’une rencontre de scientifiques français qui discutent du choix d’un mot français pour désigner cette nouvelle invention, un spécialiste de Saint-Augustin assiste par hasard aux discussions. Demandant des précisions sur cette machine et sur ses possibilités, le spécialiste leur dit que cela lui fait penser à ce que Saint-Augustin disait de Dieu, qu’il était le «Magnus ordinator». Et c’est ainsi que s’est imposé notre ordinateur. Bien dommage qu’on n’en est pas fait autant avec de détestable «mail» que les Français utilisent à profusion alors que nous avons joliment proposé le mot courriel.

Micheline et moi sommes au supermarché E. Leclerc de La Colle-sur-Loup, situé à 6 kilomètres du gîte. La caissière qui a terminé d’enregistrer les prix de nos achats, nous indique la somme à payer. Sortant mes Euros afin de lui donner, elle refuse m’indiquant plutôt d’utiliser une machine située un peu plus loin. Cette machine est pour nous nouvelle car encore l’automne dernier nous étions en France sans avoir été confronté à ce nouveau mode de paiement. Il faut insérer un à un nos billets qui sont scannés par la machine qui nous rend ensuite la monnaie. Machine qui se répand dans d’autres commerces car j’en ai vue depuis dans une petite boulangerie.

Me retournant vers elle, je lui mentionne que je voyais dans cet appareil encore une de ces machines qui dévalorise le travail. Pas du tout, me dit-elle, c’est tout le contraire! Finis les faux billets que les clients essaient de me refiler et qui font rager mon gérant. Fini le laborieux calcul de ma caisse après mon travail où il faut toujours équilibrer les sommes reçues et la valeur des produits achetés. Tout ce qui me reste à faire c’est bien connaître les codes des produits achetés en vrac. Le marxiste que j’ai longtemps été –je rappelle avoir déjà eu une chatte noire que j’avais bêtement appelée plus-value!─ n’avait qu’à aller se rhabiller!

Des épisodes cévenols

Sans doute avez-vous entendu parler de ces trombes de pluie qui se sont abattues, à plusieurs reprises sur le sud de la France que les météorologues appellent ici des «épisodes cévenols». Pour donner une image : par endroits il est tombé jusqu’à l’équivalent de 170 litres d’eau par mètre carré. Certains en ont vécu en deux semaines trois épisodes consécutifs. Des sols déjà saturés d’eau n’ont pas pu absorber toute cette pluie qui est allée gonfler ruisseaux et rivières. Mais je vous rassure tout de suite. La région où nous sommes qui correspond au département des Alpes Maritimes n’a pas été touchée par ces pluies en 2014 (mais le sera néanmoins l'année suivante). Des quatre ou cinq épisodes, seul le dernier, soit celui du lundi 13 octobre nous a affectés légèrement. Il faut savoir que les Alpes qui viennent mourir dans la région et ce magnifique Massif de L’Estérel nous isolent du reste du Sud méditerranéen. Cette partie de la Côte d’Azur où nous sommes, soit de Cannes à la frontière italienne de la région ouest aurait un microclimat qui nous aura été des plus favorable.

La Méditerranée, en raison du réchauffement climatique, est de plus en plus chaude et un demi-degré de plus provoque beaucoup plus d’évaporation de sorte que les dépressions provenant de l’Espagne ou du Sud viennent se nourrir de cette eau chaude et attirées par les plaines de la vallée du Rhône, elles se heurtent aux Cévennes et lâchent en une heure ou deux des déluges sur les habitants de l’Hérault, du Gard et du Var. Voilà pour l’explication du phénomène et du mot. Il faut voir ces maisons dévastées, cette dame qui ne peut plus produire ses papiers d’assurance qu’elle tenait pourtant à la maison, parce que sa maison a justement été emportée par les eaux furibondes. C’est là qu’on se rend compte de la sécurité toute relative d’une maison qu’on pense à l’abri de tout. Micheline et moi se sont même demandés qu’est-ce qu’il arriverait dans le Val Fleuri où nous habitons si toute cette eau nous était tombée dessus!

 Menton

Finalement, nous sommes allés à Menton après bien des projets avortés pour s’y rendre. La ville est magnifique et m’a fait penser à Collioure, située à l’autre extrémité de la côte méditerranéenne française. Le musée Jean-Cocteau présentait une exposition intitulée «Cocteau, Matisse, Picasso méditerranéens». Cette visite reste un de mes coups de cœur du voyage. Cocteau peintre? Je le savais écrivain, poète, cinéaste, mais je ne connaissais pas ses talents de peintre qui n’ont nullement à rougir devant les deux autres. Cocteau m’apparaît être un artiste complet, capable de s’attaquer à presque toutes les formes d’art. Dans une certaine mesure il me fait penser à ce «touche-à-tout» que fut Léonard de Vinci.

Dans un court métrage Cocteau raconte ses réserves face aux prix et récompenses qui lui ont été décernés. Il a cette phrase qui nous a beaucoup interpellés Micheline et moi : «L’homme admirable doit se rendre invisible». Il doit éviter les honneurs, les feux de la rampe, pour poursuivre son travail dans l’ombre, dans l’authenticité. Les récompenses doivent être acceptées «tête basse parce qu’elles sont des punitions transcendantes». L’artiste doit refuser ces récompenses, ses œuvres vont bien s’en charger elles-mêmes!

D’un photophore et de la Méditerranée

C’était à Biot, village dont il faut prononcer le «T» final et qui, sans faire partie des musts d’un voyage en Côte d’Azur, nous avait été recommandé par Renée, cette amie vivant dans les Landes. Village autrefois de potiers et qui aujourd’hui compte plusieurs souffleurs de verre. Au milieu des objets vendus habituellement aux touristes en manque de savons de Marseille et de nappes provençales, une table avec des poules et des coqs faits en métal et peints à la main. N’ayant jamais vu de tels objets auparavant, je les examine et les pèse afin de savoir si l’un d’eux pourrait faire le voyage de retour. À ma grande surprise, ils sont légers. Quelques-uns ont un petit écriteau avec la mention «Bougeoir photofore». Intrigué, et sans trop savoir de quoi il s’agit, je l’examine de près pour me rendre compte qu’une des ailes d’un joli coq est fixée à une charnière qui permet de relever l’aile vers le haut afin d’accéder à l’intérieur du volatile, Percé de trous, son corps peut recevoir une chandelle, une bougie qui, une fois allumée, pourra faire un bel effet. À 22 Euros et fait en France dans la région d’Avignon, j’achète cet objet inusité. Une recherche sur internet à la maison m’apprend que le mot s’écrit «photophore» Cavec deux «ph» et qu’il vient du grec pour désigner un objet qui permet de porter la lumière. Outre le fait que le mot s’applique généralement à des vases, il demeure fort joli. S’il fait dorénavant partie de mon vocabulaire, je ne peux pas m’empêcher de penser que les Français ne savent pas plus écrire que nous, bien qu’ils aient incontestablement plus de vocabulaire!

On est à une crêperie bretonne, sur le bord de mer à Cagnes. Micheline et moi y avons décidé de fêter son anniversaire en boudant Nice au profit des commerces locaux. Étienne est avec nous car il est venu nous voir pendant 6 jours en faisant coïncider son séjour avec l’anniversaire de sa mère. Lui qui est allé à San Diego et à Los Angeles, nous parle de la Méditerranée, de cette présence apaisante qu’elle procure. Nous, on a eu le même sentiment : de ne jamais s’en lasser que ce soit sur la Promenade des Anglais de Nice, sur la plage d’Antibes, de Cannes et de Saint-Troppez, et ici à Cagnes à quelques minutes du gîte.

Certes il y a eu sur la Côte d’Azur de nombreuses baignades qui ont constitué pour nous des nouveautés par rapport à nos séjours antérieurs. Baignades dont je suis bien conscient que, pour bien d’autres qui vont dans le Sud ou en Floride, paraîtront banales. Certes nous avons pu même nous baigner à Antibes, le jour de la fête de Micheline, un 18 octobre avec une eau encore à 22 Celsius. Mais c’est plus que ça qui me semble particulariser ce séjour par rapport aux précédents. Ce goût de flâner près de l’eau, de marcher près de la mer simplement pour le plaisir de marcher, sans sentiment d’urgence, d’apprendre ou de voir du neuf…