Printemps 2010: Bretagne et Normandie

Comme le veut la tradition, je vous envoie un message livrant mes premières impressions de la Bretagne où nous resterons jusqu’au 3 avril pour ensuite se diriger vers notre gîte en Basse Normandie que nous occuperons jusqu’au 1er mai.

Arrivés à Saint-Malo le vendredi 5 mars, nous avons profité d’un temps ensoleillé pendant une pleine semaine pendant laquelle la France du Sud vivait un hiver exceptionnel avec plus de 30 centimètres de neige à Perpignan et en Corse. Sans doute avez-vous vu cela à la télé. Nous qui nous attendions à beaucoup de pluie et nous étions préparés en conséquence ! Il faut dire néanmoins que ce soleil breton et normand était le nôtre au prix d’un temps frais mais surtout venteux. Il faut être au Cap Fréhel le long d’une falaise bretonne à 80 mètres de hauteur pour se faire brasser par ce vent furieux pour vraiment savoir ce que venteux peut vouloir dire. C’est là que j’ai vu qu’avoir perdu du poids pouvait devenir un sérieux handicap! Tout mouillé je ne fais plus que 140 livres avec ce combat contre le diabète, combat que je prends sans doute trop au sérieux.

Le vieux Saint-Malo, ceinturé de remparts, a été en grande partie détruit en 1944 mais reconstruit à l’identique. C’est très joli et on pourrait se demander pourquoi Jacques Cartier a quitté une si jolie ville ! La vue de la mer à partir des remparts est à couper le souffle. À marée basse, les belles plages de sable avec quelques monticules rocheux à l’horizon, notamment le Grand Bé et le Petit Bé, invitent les gens à y déambuler. Dimanche le 14 mars, nous y sommes retournés et avons à notre tour déambulé sur ces plages agrandies par une marée basse. Comme le ciel était sans nuage et d’un bleu éclatant, il était facile d’observer la couleur émeraude de la mer. D’ailleurs la région à l’ouest de Saint-Malo ne s’appelle pas pour rien Côte d’Émeraude, peut-être aussi pour faire écho à la célèbre Côte d’Azur.

Ce qui frappe le plus, ce sont donc ces belles plages de sable dans la région. À Saint-Malo, on a même monté des murets de ciment sur trois côtés le long de la plage de sorte qu’au gré des marées, la piscine se remplit naturellement d’eau de mer pour demeurer prisonnière à marée basse et ainsi permettre aux baigneurs d’en profiter. On a vu la même chose à Dinard, en face de Saint-Malo. Ce système est vieux comme le monde, car les moulins des environs ont longtemps profité de ces marées pour remplir d’immenses bassins d’eau qui, une fois libérée alimentait des roues hydrauliques pour faire actionner les moulins. Pas besoin de rivière ou de ruisseau, la mer vient remplir ces réservoirs grands comme des étangs deux fois par jour.

Pas étonnant qu’entre Saint-Malo et Dinard, il y a la baie de la Rance, laquelle compte la première centrale maréomotrice de France. Ici, les marées ont des amplitudes exceptionnelles qui ne sont dépassées, semble-t-il que par celles de la baie de Fundy. Lors de la visite du Mont Saint-Michel, le stationnement nous indiquait qu’aujourd’hui les marées n’envahiraient pas le terrain de sorte que l’on pouvait s’y garer sans risque!

Nous sommes allés à Dol-de-Bretagne où nous avons fait une belle rencontre. En effet, imaginez-vous que nous avons rencontré notre premier «sardiniste». Eh oui, le monsieur se spécialise dans les sardines. Savez-vous que la sardine peut se conserver de nombreuses années. Il nous a montré une boîte fabriqué en 2009 où la date de péremption était 2019 ! En fait, la sardine serait comme le bon vin, plus elle vieillit, meilleure elle est. La sardine se mange en Bretagne écrasée sur un pain beurré avec de l’échalote. Moi, je vais en essayer bientôt, en souvenir de ces nombreux collègues de la Laurentienne qui, lorsque j’apportais mes sardines pour le lunch, fermaient brutalement leur porte, incapables de supporter les odeurs océaniques !

C’était jour de marché le samedi à Dinard, juste ici à quelques kilomètres du gîte. Nous voulions voir si ce marché pouvait se comparer à ceux que nous avions fréquentés en Provence et en Dordogne. Sur plusieurs plans, le marché breton est semblable avec ses vendeurs de vêtements, de bijoux, de fruits et légumes, avec ses étals de boucher, de boulanger. Mais, là où il diffère, c’est sur le nombre de kiosques pour les produits de la mer. Alors qu’ailleurs il y en avait seulement un ou deux, ici ils sont une bonne dizaine à offrir une grande variété des produits de la mer. Comme Jasmine qui était avec nous jusqu’au 18 ne mange pas de ces choses-là, nous n’avons encore rien acheté, mais on s’en promet. Comme j’ai vu un gant spécialement conçu pour tenir l’huitre pendant que l’on s’active péniblement à l’ouvrir, je compte bien m’en procurer un afin de me faciliter la tâche. Je pourrai peut-être épater la galerie une fois de retour à Montréal !!!

Deux mots sur les épices. Plutôt que d’acheter du romarin, je me suis trouvé ma tale de romarin en prenant mes marches (poursuivant ainsi la tradition bien implantée depuis notre voyage en Provence en 2006 où thym et romarin abondaient). Une petite branche par marche et le tour est joué. Les branches sèchent présentement au soleil. J’avoue que cela constitue une petite victoire que je savoure d’autant plus que j’ai aussi ma tale de feuilles de laurier (que je ne confonds pas, rassurez-vous, avec le laurier-rose en fleur commun chez nous et dont les feuilles sont toxiques). Il faudrait voir la taille de ces arbustes dans la cour et qui doivent compter au moins 2000 feuilles avec cette belle odeur. J’en ai aussi qui sèchent présentement et qui vont me permettre de préparer des marinades pour certaines viandes. C’est ça aussi la France avec ce climat plus doux.

Il y a quelque temps, avait lieu un débat sur la chaîne radio France-Culture sur le fait savoir au sujet de l’extermination des Juifs par les Nazis (le rapport Karski). Un auteur d’origine juive prétendait que Roosevelt a su dès l’automne 1942, mais que savoir et agir, il y a toute une marge. Savoir quand on n’agit pas en conséquence, c’est finir par oublier, par se refuser à savoir. Il ajouta aussi que même en sachant on aurait pas pu rien faire et qu’il était faux de croire que les 6 millions de Juifs auraient pu être sauvés. Or, cette arrogance israélienne aujourd’hui (c’est moi qui dit ça)se nourrit justement de ce sentiment de culpabilité de l’Occident qui aurait laissé faire alors qu’il aurait pu agir. Tout au plus disait-il, on aurait pu faire quelque chose pour les 400 000 Juifs de Hongrie, mais pour les autres il n’y a rien que nous pouvions faire. Même les pilotes des bombardiers à qui on aurait soulevé l’hypothèse d’aller bombarder les camps de la mort auraient tous refusé cette hypothétique mission, refusant de massacrer à leur tour des victimes. France-Culture est une des raisons pour lesquelles j’adore être en France. Pour le mot de la fin je veux souligner une expression entendue souvent à la radio et qui me plaît bien. En France, à l’inverse de chez nous, quand l’employeur coupe des postes, on ne parle pas de pertes d’emploi mais de DESTRUCTIONS d’emploi. Pensez-y et voyez comment nos médias ne sont pas neutres quand il parle de pertes d’emploi, comme si cela allait de soi, alors que c’est tout le contraire !

Les dernières élections régionales nous ont permis d’apprendre une expression savoureuse : en effet, il semble qu’une candidate défaite aurait mangé une « soupe à la grimace ».

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Je poursuis en vous envoyant un nouveau courriel que vous pourrez lire à temps perdu et qui vous fera partager certaines émotions. En Normandie depuis Pâques, je voulais vous faire part de quelques impressions, d’abord de la Bretagne, car son éloignement m’a permis de prendre un peu plus de recul.

L’importance de la présence de la mer ne cesse de me frapper. La mer est présente même dans les monuments aux morts. En effet, partout en France, on trouve de ces monuments érigés après la Guerre 1914-1918 et qui cherchent à faire honneur aux soldats disparus. En Bretagne, j’ai vu de ces monuments, situés généralement près de la marie où on écrivait : honneur à nos soldats et à nos marins disparus. C’est ça aussi la mer : un milieu de vie et par conséquent un milieu où on trouve aussi la mort.

Je sais que je vous ai déjà parlé de la marée, mais je veux revenir sur une dernière dimension. La marée, en tant que manifestation de la puissance de la nature est pour le moins troublante. Nous étions à Saint-Malo lors d’une des plus fortes marées hautes de l’année, soit à la fin mars (je fais ici une parenthèse pour vous dire qu’en dépit de l’achat d’un livre de 150 pages pour comprendre la marée, je ne pourrais pas vous l’expliquer simplement. Retenons seulement que l’équinoxe du printemps 3 ans sur 4 génère les plus hautes marées de l’année et nous y étions). Quand on visite les sites des environs de Saint-Malo réputé pour avoir les 2e plus fortes marées du monde avec une dénivellation (entre la marée basse et la marée haute) pouvant atteindre près de 15 mètres, on se demande pourquoi les remparts et les digues sont si hautes alors que la mer est si loin et surtout qu’elle paraisse si peu dangereuse. Mais il suffit d’une marée haute de mars et d’un bon vent pour voir toute sa force se déchaîner. On vous montrera des photos. Sur certains parkings, des touristes imprudents avaient laissé des voitures qui se sont faites lavées par l’eau de mer et qui ont été déplacées ! Bonne chance pour les refaire démarrer ! Cela étant, à l’inverse des autres phénomènes naturels qui demeurent imprévisibles (séisme, éruption volcanique, tornade) la marée, elle, est parfaitement prévisible de sorte que l’homme a depuis longtemps appris à la dominer, à la dompter. Cette prévisibilité d’une nature déchaînée nous a permis d’être là présents au bon endroit et à la bonne heure, soit à 8h18PM, pour voir la mer. Comme elle prévisible, elle devient alors un spectacle et certains qui cherchent à la prendre en photo se font copieusement arrosés quand une vague plus forte que les précédentes vient se fracasser sur un rempart encore trop court !

Parlant encore de la mer, on est allés bien évidemment sur les plages du débarquement de Normandie où là aussi les marées ont eu leur mot à dire. Il fallait, en effet, débarquer à marée basse pour éviter les obstacles qu’avaient égrenés le long des plages l’armée allemande en prévision d’un éventuel débarquement. Mais débarquer à marée basse, c’était aussi demeurer plus longtemps sous le feu des canons et mitrailleuses allemandes. Le traitement historique du conflit et de la bataille de Normandie demeure une source d’attrait touristique extraordinaire pour la région. Chaque village, chaque hameau a sa casemate, son blockhaus, son tank, son jeep, des traces de balles, des photos du lieu prise en 1944, de sorte qu’on ne compte plus le nombre de musées. Même en étant peu patriotique, il est difficile de demeurer insensible à tout ce que les soldats canadiens ont fait ici.

C’est incontestablement au Mémorial de Caen, capitale de la Normandie, que notre visite a été la plus profitable. Six heures de visites réparties en deux jours au cours des quelles la bataille de Normandie est devenue beaucoup plus complexe. Ce musée est le seul où a été bien timidement remise en question cette stratégie alliée de détruire toutes les villes du haut de la Normandie afin de couper les moyens de communication allemands et de retarder leur capacité de riposte. Il faut voir les photos de Caen complètement en ruines à l’exception de sa cathédrale de Saint-Étienne.

On ne vous dira pas notre étonnement lorsque l’on a demandé à quelques reprises qui avait détruit telle ville, tel bâtiment. Invariablement la même réponse : les Américains. Nous qui pensions bien naïvement que le mal était nécessairement allemand ! Ce qui étonne peut-être le plus c’est la réaction des Français face à ces bombardements et à ces milliers de civils morts pendant ces bombardements pour faire place nette (seulement à Falaise, on compte 350 morts). Ils ne sont ni critiques ni en colère devant cette stratégie bien américaine, comme s’ils se sentaient inconsciemment coupables d’avoir perdu trop vite la guerre, d’avoir un peu beaucoup collaboré avec les Allemands.

Certains, comme les parents d'amis habitant Avranches, près du Mont-Saint-Michel, ont tout perdu : commerce et maison. Ces mêmes amis nous ont montré des cartes postales montrant justement ce qui restait de la maison familiale et de la scierie que possédaient les parents. Peut-être que l’immense joie d’être enfin libérés était tellement forte que les lourdes pertes matérielles rencontrées par la population devenaient dérisoires…

La visite d’un des cimetières canadiens où des milliers de soldats sont enterrés fut particulièrement émotive. En fait, j’y ai pleuré comme un veau, tellement l’émotion fut intense. La sérénité et la paix qui s’en dégage contraste tellement avec la violence qui causa leur perte que je n’ai pas pu me retenir. À ce sentiment qui écartèle l’âme s’est ajouté des remords.

En effet, le prof que je fus a donné de nombreuses fois des cours sur l’histoire canadienne où il fut question de la participation canadienne à la guerre et surtout du pacifisme canadien-français qui refuse la conscription, qui pense différemment du reste du pays. Désirant sans doute marquer l’importance de la présence canadienne-française dans ce milieu minoritaire du Nord ontarien, J’avais toujours insisté sur notre différence et notre spécificité comme peuple fondateur, la comprenant et l’approuvant, étalant notre vertu sur l’autel des grands principes philosophiques et dénonçant les élites politiques fédérales qui avaient trahi leur promesse. Tout cet enseignement s’est écroulé devant ces tombes de jeunes Canadiens, tous identifiés et pour la plupart au début de la vingtaine. La conquête hitlérienne du monde se devait d’être brisée au prix de notre sang. Cette grande liberté démocratique qui est la nôtre, c’est à eux qu’on la doit. Cela fait cliché, mais c’est comme ça qu’on le sent une fois sur place. J’aurais dû être plus nuancé dans mon enseignement et mieux expliquer le point de vue du monde occidental, quitte à ne pas chercher à justifier notre existence comme peuple minoritaire.

Il faut voir ce cimetière parfaitement entretenu, avec son gazon taillé au ciseau et des fleurs multicolores devant chaque tombe. Après tant d’années, des gens sont payés encore aujourd’hui pour veiller à leur entretien. Nos cimetières à nous ont l’air de terrain en friche quand on les compare à ces cimetières militaires de Normandie. Au cimetière allemand de La Cambe, où ils sont 22 000 enterrés, la sobriété des lieux avec ses croix de granite rappelle de belle façon que les soldats des deux camps y ont perdu la vie.

Pour la première fois, cette année certains de nos enfants ne viendront pas nous rendre visite en France. Marjolaine avec son chum, Étienne avec sa blonde étaient venus en Provence en 2006, Étienne était revenu l’an passé en Dordogne avec Suzanne, son ancienne blonde. À chaque fois, c’était pour nous une manière d’avoir des témoins privilégiés à ces beaux voyages que Micheline et moi faisons. C’était une manière d’inscrire ces voyages dans le récit et la mémoire de la famille. Ce ne sera pas le cas cette année et cela nous attriste.

Certes on prend beaucoup de photos qu’on pourra leur montrer, ainsi qu’à vous, mais ce n’est pas pareil. Comme les gîtes ne disposaient pas d’accès internet, on pas pu même leur montrer, via la communication internet SKYPE, les images en direct de notre quotidien, expérience que nous avions trouvé merveilleuse l’année dernière. On s’est bien promis que l’an prochain, la première condition posée pour louer un gîte sera une connexion internet pour poursuivre les conversations téléphoniques audio-visuelles.

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Ce sera mon dernier courriel avant le retour prévu le 1er mai, si les volcans islandais le permettent. Je me rends compte que vous transmettre mes réflexions sur ce voyage reste une manière d’en faire un premier bilan, d’en tirer d’éventuelles leçons.

Je ne vous cacherai pas qu’en fin de parcours la hâte de revenir à la maison, après près de deux mois de voyage, se montre le bout du nez. De la même manière que le voyage commence bien avant le départ en parcourant cartes et guides touristiques des régions où on s’installe, le retour s’effectue d’une certaine manière avant de prendre l’avion qui nous ramène à la maison. Déjà j’ai plein de trucs à mon calendrier de mai, n’ayant pas encore apprivoisé l’idée et le concept de retraite, je continue comme si je vivais encore une sabbatique qui avait le bonheur de s’étirer à l’infini. L’an prochain sans doute, je devrai y faire face plus sérieusement et cela m’effraie quelque peu. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Micheline et moi avions conçu ce projet de voyage de cette année, soit meubler avec un long voyage un grand vide professionnel.

Abordons quelques aspects qui m’ont frappé ici en Normandie. Un premier thème qui se dégage est celui du cheval, omniprésent dans le paysage normand. Ils ont la réputation d’être les meilleurs de France. Mais ils sont aussi bien ancrés dans la pratique de certains métiers peu usuels, à commencer par celui des fondeurs de cloches. Imaginez-vous que depuis plus de 4000 ans on n’a pas encore trouvé de meilleurs produits pour confectionner le double moule d’une cloche que de mélanger poils de chèvre, crottin de cheval et argile. La visite d’une fonderie de cloches à Villedieu-les-Poêles, dans un atelier encore artisanal ouvert au milieu du XIXe siècle fut à ce titre renversante.

Et j’ai trouvé le cheval dans un autre endroit alors qui je m’y attendais pas soit à l’entrée des puits de mine. Bien sûr le mot le dit, un shaft de mine en français se dit un chevalement, mais je n’avais jamais fait de lien avec le cheval. Or, les anciennes mines de charbon et de fer de France étaient avant la Révolution industrielle actionnées par des chevaux à l’embouchure du puits qui en tournant autour d’un axe faisaient monter ou descendre des tonneaux ouverts à une extrémité et dans lequel on déposait le minerais arraché au sous-sol.

Quant aux hommes, pas de question de prendre ce moyen de locomotion verticale (même chose pour les vieilles mines nord-ontariennes jusque vers 1905), car les échelles leur étaient réservées. Si la descente se faisait aisément, en glissant le long des barreaux-, la remontée était plus pénible. Comme les galeries n’étaient guère plus profondes que quelques centaines de mètre, cela pouvait aller. Mais imaginer comment remonter un blessé à la surface. Une visite d’un musée des mines ouvert depuis 1902 (j’ai bien dit 1902 !) nous a montré un genre cercueil dans lequel on sanglait le blessé et à l’aide de deux anses posées sur ses rebords il était hissé en étant mis à l’horizontal, la dimension du puits restant trop petite pour qu’il soit hissé à la surface à l’horizontal !

Dans un ordre d’idées bien différent, ce qui m’a frappé aussi c’est cette présence de couples partageant le même métier. Sur les affiches des commerces, on verra le nom de monsieur et madame comme boulanger, charcutier. Des amis de la région, Guénola et Michel sont tapissiers tous les deux, partageant nuit et jour le même environnement, le même atelier, la même chambre à coucher, solidaires dans les moindres recoins de leur vie. Comment font-ils pour avoir leur jardin secret, un monde à eux ? Est-ce moi qui se montre trop égoïste dans ma relation amoureuse ? Pourquoi est-ce que cela m’interpelle ? Est-ce la retraite avec ses nombreuses occasions de partage avec Micheline qui m’inquiète ?

J’arrête ici ce courriel au moment où je me suis fait un tour de rein, loin de la maison, sans mes médicaments. Je n’ai pourtant rien fait de dangereux ou de violent pour provoquer cela, si ce n’est d’avoir passé mercredi dernier la journée au complet devant l’ordinateur mal assis sur un tabouret sans dossier. Cela m’apprendra à vouloir à tout prix terminer notre manuscrit avant le retour d’avion. Certains d’entre vous le savent mais j’ai comme manie lors des vols de retour d’avion d’envoyer par courriel le fruit du travail accompli ici en voyage afin que ce travail ne se perde pas s’il m’arrivait malheur. Or, je suis à mettre la dernière main avec Micheline sur un livre portant sur la correspondance entre Simone Routier et Harry Bernard, livre qui veut mettre en évidence l’entêtement et les luttes d’une femme célibataire de 1928 pour faire sa place dans la littérature canadienne-française dominée par des hommes mariés. Ce manuscrit de 160 pages, fruit de quelques années de travail, se devait d’être confié à quelqu’un par internet qui pourrait, après notre mort, le mener à bon port et lui trouver du financement et un éditeur. Et c’est Thierry Bissonnette, professeur de littérature à la Laurentienne et responsable du club de mycologie qui a accepté de participer à ce rituel. Bien sûr, si vous n’entendez pas de mauvaises nouvelles à propos d’un vol Paris-Montréal le 1ermai, c’est que cela aura servi à rien !!!