VOYAGE EN CHINE

Pékin

On est bien rendus après un vol d’une durée de 13 heures entre Détroit et Tokyo, sans compter un autre vol de 3 heures et demi entre Pékin et Tokyo. L’hôtel est super, genre de chambre que l’on paierait 250$ par nuit à Montréal. La force de notre dollar par rapport à la monnaie chinoise joue ici à plein, même si la majorité de la clientèle de l’hôtel est chinoise. Ils sont des dizaines de million de nouveaux riches chinois à vouloir visiter leur capitale qui s’était fait belle pour les Olympiques. Il y a aussi cette classe moyenne et mêmes ces gens modestes qui accumulent un petit pécule pour sortir de sa région afin d’aller voir leur grand pays.

La première journée fut difficile en raison du manque de sommeil de la veille alors que nous avions un long programme de visite. Ce furent les vieilles maisons ancestrales de Pékin dont une a servi de lieu de repas chez le paysan (maison d’une seule pièce qui affichait clairement qu’ils étaient chrétiens avec leur crucifix, une humble demeure sans toilette intérieure mais avec accès aux toilettes publiques du quartier). En suite, la cité interdite qui était la résidence de l’empereur de Chine depuis le 16e siècle.

Cette cité interdite est une ville fermée dans une ville et s’étend sur un kilomètre de long par un 1,6 kilomètre de large et compte 9999 pièces. Pour les Chinois le chiffre 9 est chanceux et prédispose à une longue vie. Quand on est empereur et qu’on a sa cinquantaine de concubines, on espère sans doute vivre vieux pour en profiter !!! Que dire de la fameuse Place Tian'anmen que les Chinois écrivent avec notre alphabet QIANEMEN. C’est ici en 1989 qu’une armée de blindés chinois venue de Mongolie a écrasé une tentative de démocratisation. Je voulais voir et j’aurais espéré que le guide nous en parle, mais le sujet est encore tabou. En Chine on ne parle pas de démocratie, ni de liberté. c’est un pays totalitaire et l’armée et la police surveillent les entrées en fouillant les sacs des gens qui y viennent afin d’éviter de nouvelles démonstrations qui ne pourront pas ne pas venir tellement les Chinois ont soif de consommation occidentale, de confort et de participation à la vie citoyenne. En attendant une liberté politique, on laisse profiter une liberté économique et on nous parle toujours de longévité.

Le lendemain nous sommes allés visiter la muraille de Chine qui se trouve à quelques kilomètres à l’extérieur de ce grand Pékin qui s’étale sur plus de 150 kilomètres avec ses innombrables boulevards métropolitains et autoroutes. La muraille est le Mont Saint-Michel de chine avec ses vendeurs du temple riches de pacotilles (avec des T-shirts qui clament que l’on a gravi la Muraille, The Great Wall comme ils disent en anglais. La visite d’un atelier de fabrication de ce qu’on appelle le cloisonné fut fort instructive. Cette spécialité chinoise qui remonte aux temps anciens et qui a été copié par la suite par les Européens pour produire de la porcelaine est un peu comme des émaux sur cuivre. Il faut voir la patience de ces Chinoises qui collent sur des vases métalliques des petits filets de cuivre d’un demi-centimètre pour en faire des formes diverses. Formes qui sont remplies de substances pour être ensuite chauffées, colorées à la main, polies, dorées etc.

Mais ce qui m’a le plus frappé le plus à Pékin c’est lors de la visite du site olympique et de son stade appelé le nid d’oiseau, un Chinois accoste Micheline et la tire à elle avec insistance. Il l’amène à côté de sa femme et de son enfant afin de les prendre tous les trois en photo devant le stade. Ma blonde était devenue un trophée, une preuve tangible que lui, petit provincial, non seulement était-il venu en visite jusqu’À Pékin mais qu’Il il y avait vu des Occidentaux. La photo avec Micheline servirait de preuve et serait montrée dans tout le village. Imaginez comment la Chine est en train de se réveiller et de nous rattraper dans un tourisme de masse qui deviendra un des poumons économiques de ce grand pays.

Shanghai

L’architecture des gratte-ciel de Shanghai provoque l’admiration de tous. Comme nous disait le beau-frère qui est venu il y a un mois, Paris, ville-lumière, n’a qu’à aller se rhabiller, tellement le spectacle de nuit sur la rivière Huangpu est à couper le souffle. Shanghai, nouvelle capitale du monde, a déclassé nettement New York. Les Desmarais de ce monde l’ont compris depuis longtemps. La visite des vieux quartiers populaires de la ville, fait un contraste tel avec le futurisme et le modernisme de la ville. Il faut voir ces petites maisons à deux ou trois étages et ses rues grouillantes qui servent de prolongement naturel des ces humbles maisons avec ses lavabos extérieurs, ses cuisinettes, ses petits commerces, ses diseurs de bonne aventure, ses vendeurs de fruits. En somme, à l’inverse des autres quartiers de la ville et visités par les touristes rassurés, rien n’a encore été aseptisé. Ici dans ces vestiges des temps anciens et d’une Chine paysanne, rurale et encore au XIXe siècle, on regarde passer le train en attendant d’être oublié par l’histoire.

Comme nous partons ce soir faire une croisière de trois jours sur le célèbre fleuve Yangzte et que nous devrions voir à partir de maintenant davantage la Chine rurale, j’ai pensé vous faire parvenir quelques autres impressions sur cette Chine des grands centres dont j’apprends à connaître l’histoire mais aussi le fonctionnement du régime actuel.

C’est sur le site des Jeux Olympiques de Pékin que la chose m’a frappé. Le guide nous dit que le pays a rasé un vieux quartier de Pékin pour faire place aux installations olympiques. Mais il faut voir l’espace requis qui comprend non seulement le stade, la piscine, mais une immense place plus grande que la Place Qianemen. C’est que le pays totalitaire n’a aucune obligation de respecter la propriété privée, de suivre des décisions judiciaires qui de toute façon lui serait favorables. Fort de ce pouvoir totalitaire, il peut aménager l’espace dans la démesure pour en mettre ainsi plein la vue aux étrangers et à ses voisins qui, ne vivant pas les conséquences sociales de ces expropriations forcées, ne peuvent qu’être admiratifs. Il faut prendre du recul pour être critique face à tant de beauté. C’est ce que je vous confie à faire.

Tout le monde a entendu parler de la politesse des Chinois qui très facilement, les mains jointes, pencheront la tête pour vous saluer. Non seulement ce geste a été peu vu jusqu’à maintenant, mais leur conception de la politesse est bien différente de la nôtre. C’est certes normal qu’il en soit ainsi puisque cela est culturel quoique la forme qu’elle prend ou quand elle diffère de la nôtre est source de mésententes. En effet, se promener à l’intérieur du Pavillon de la Chine à Shanghai, comme dans le métro à l’heure de pointe, est une expérience unique au cours de laquelle on se fait brasser, cogner, pousser, frôler, contourner sans ménagement. Pour nous, ces gestes sont impolis et constituent une forme d’agression, mais pour eux, cela ne l’est pas. Quand on est à Rome, on fait comme les Romains, mais c’est apprendre à se comporter ainsi pour se faire un chemin dans la foule qui pose problème pour les Occidentaux.

En déambulant dans Shanghai comme à Pékin, le touriste est frappé par tous ces emplois visibles depuis la rue et qui sont, en raison d’une mécanisation poussée, pour ainsi dire chez nous disparus, tels les balayeurs, les bagagistes, les portiers d’hôtel, les gardiens de barrière de toutes sortes, d’une institution, d’une toilette publique, les préposés au carrefour ferroviaire qui résident encore dans leur maison de fonction, les centaines de milliers de brigadiers et de brigadières le long des principales rues qui tentent sans succès de faire respecter les règles de la circulation et j’en oublie. Tous ces petits boulots pour une Chine qui connaît un extraordinaire exode rural d’une population sans éducation et que le système doit absorber et faire vivre fort modestement. Cette Chine-là observe pour le moment en silence, (du moins en apparence), la classe moyenne et la classe aisée afficher un train de vie qui leur échappe mais auquel ils rêvent sans doute. Cette liberté économique et ce libre marché privés de liberté politique conduit inévitablement à un cul-de-sac.

Pour le moment, les petits boulots circulent à vélo, en pousse-pousse ou à mobylette et moto électrique et rêvent de voiture, de toilette intérieure pour certains, de vivre dans un appartement d’une tour d’habitation. Le fait qu’ils ne parlent pas anglais, limitent considérablement le dialogue que l’on pourrait avoir avec eux. Certains d’entre eux visitant les villes observent les touristes occidentaux, comme nous qui la première fois avons vu en chair et en os un éléphant, la Tour Eiffel ou je ne sais quoi d’autres. Je reviens et nuance ce que je disais de ce Chinois qui avait besoin de Micheline pour sa photo: Il y a dans leur regard qu’ils portent sur nous une forme d’admiration que l’on ne mérite pas nécessairement. Devenus à notre tour objet de curiosité, ils nous renvoient de belle façon, notre démarche touristique en pleine face.

La campagne chinoise

Que dire de cette campagne chinoise entrevue brièvement? Une absence de mécanisation s’impose tout de suite car nous avons vu partout ces paisibles buffles qui la décorent. Le gouvernement chinois aurait fourni un tracteur à chaque paysan il y a quelques années. Mais comme nous disait la guide, les paysans ont préféré garder leur buffle qui, à l’inverse du tracteur, ne coûte rien à faire fonctionner, le buffle se nourrissant des herbages de leur terre, et qui, en outre, se déplace beaucoup plus aisément dans les terrains boueux, dans les rizières. La variété des productions étonne aussi puisqu’il y a beaucoup de culture du maïs, de blé, même davantage que de riz. Beaucoup de paysans ont un des plans d’eau et la plupart de servent pas pour le riz pour l’élevage de poissons, d’écrevisses, de fleurs de lotus dont on fait une grande consommation de la racine. L’arbre fruitier dominant est peut-être l’oranger. Nous n’avons pas vu de kiwier bien que cette culture florissante en Nouvelle-Zélande soit originaire de la Chine et qu’elle continue à n’en produire.

Comme pour les autres voyages en Europe, la Chine m’a permis de voir pour la première fois de ma vie, des plantes archi commercialisées chez nous sans que j’aie eu la chance de les voir à l’état naturel. Je pense à l’arachide, au coton dont on faisait la récolte au moment de notre séjour, à la canne à sucre, aux lichiers. Chaque fois, c’est le sentiment de se coucher moins bête le soir, d’avoir grandi dans la compréhension de la nature.

L’alimentation

Au sujet de l’alimentation, je dirais que la baguette impose une position différente de se mettre à table. En effet, les sièges sont placés plus bas afin que la distance entre l’assiette et la bouche soit réduite. Au début on s’étonnait de nous voir assis si bas jusqu’à ce que l’on comprenne. À Pékin, il fallait même demander le couteau qui est carrément inutile dans leur menu quotidien puisque tout est déjà coupé en morceaux pouvant être saisi par les baguettes. Cette méthode de préparation a comme conséquence que l’on mange souvent la nourriture plus froide puisque les morceaux plus petits conservent moins leur chaleur et que l’appréciation de certaines viandes est moins agréable. Il n’y a rien comme de manger une bonne cuisse de poulet ou de canard entier alors que l’on nous les sert plutôt découpées non désossées, soit en laissant l’os au centre des morceaux.

Les couteaux, nécessaires pour nous Occidentaux au déjeuner comme pour les autres repas, étaient étrangement déposés dans un tiroir de la salle à manger à l’abri des regards, comme s’ils avaient un côté maléfique à table. Nous avons cru à une croyance chinoise, car les Chinois, supertitieux, sont friands de ce genre de pratiques irrationnelles –dont nous ne sommes pas d’ailleurs exempts-, comme les chiffres qui portent chance (rappelez-vous les Jeux Olympiques qui débutèrent le 8 du 8 2008), comme cette croyance que les hommes doivent entrer dans les temples en posant le pied gauche et les femmes le pied droit, comme ces ponts de pierre interdits ou apportant la chance à l’entrée des temples. Étant donné qu’aux autres hôtels, nous avons trouvé les couteaux bien en vue, nous avons finalement mis sur le compte d’une mauvaise planification, ce rangement incongru des couteaux à Pékin, bien qu’il faille sans doute ne pas exclure de puissantes variantes et pratiques régionales. En effet, la Chine est loin d’être un bloc culturellement monolithique. Imaginez si on pouvait dire LE Canada ! La Chine est immense et peuplée de plusieurs dizaines de minorités, sans compter qu’avoir été une capitale pendant des siècles peut avoir marqué le quotidien pékinois.

Visitant les installations hydro-électriques du barrage des Trois-Gorges, nous avons été soumis à un discours officiel chargé de propagande qui m’a, surtout sur le coup, beaucoup agacé. Que des bénéfices et aucun inconvénient. Encore ici un pays totalitaire a plein pouvoir pour imposer son point de vue, même si 1 200,000 personnes – la plupart des minorités et des paysans accrochés à la terre- ont dû être déplacées. Mais quand on y pense, imaginez-vous visiter Manic 5, croyez-vous que l’on vous dirait les dizaines de morts lors de la construction? Les territoires de chasse amérindiens inondés pour de bon. Pourtant juste dans ma famille, ma tante a vu ses deux filles devenir veuves parce que leur mari y sont décédés à une année d'intervalle. Et je parle seulement de ma famille. Combien de morts allons- nous et avons-nous caché aux visiteurs de la Manic ? Les jugements hâtifs sont faciles à porter sur les étrangers.

Une croisière sur le fleuve Yangste, autoroute fluviale de grande importance (© Micheline Tremblay) Au moment où s’achève ce voyage de groupe puis que nous partons pour Hong Kong ce matin afin d’y séjourner les trois derniers jours juste Micheline et moi, une certaine nostalgie m’envahit. Peut-être est-ce la mauvaise nouvelle reçue hier par courriel à l’effet que le chum de ma mère, Gérard, souffre d’un cancer au poumon et qu’à 88 ans les médecins disent qu’il n’y a plus rien à faire. La vie, même si on a le sentiment de la mettre de côté ou encore entre parenthèses au cours d’un voyage si dépaysant, finit toujours par nous rattraper.