ÉTÉ 2018: LES ÎLES-DE-LA-MADELEINE

Il y a 43 ans j’essuyais mon baptême de l’air en venant rejoindre mon grand ami Normand aux Îles-de-la-Madeleine, situées assez loin dans le golfe Saint-Laurent. Passant l’été sur place pour une étude des sols, il nous avait invités Suzanne et moi. Nous prenions alors notre premier congé parental de notre fils Louis-Philippe né au printemps et confié à ma mère. Quel sentiment étrange que de dormir à nouveau sans s’inquiéter de son nouveau-né!

À l’époque, aucun musée et à ma connaissance peu de boutique à souvenirs digne de ce nom. Nous avions ramené en cadeau à ma mère une peinture du visage d’un capitaine de bateau dessiné à grands traits sur un fond argenté avec la mention écrite à la main Îles-de-la-Madeleine. Ma mère l’a longtemps gardé accroché dans sa chambre.

Le plus beau musée visité fut incontestablement celui de la Mer à Havre-Aubert; vous y trouverez un passionné de la mer qui vous racontera le rôle joué par les naufrages dans l’histoire madelinienne. À ce sujet, je me suis informé du féminin de MADELINOT afin de savoir si on pouvait dire une MADELINOTE. Au féminin, c’est Madelinienne et non Madelinote, car cela sonne un peu trop comme «tête de linote»!

À propos du vent

Normand et moi, suite à ce voyage, avions écrit notre premier article, certes modeste mais article quand même, traitant de l’habitat rural des Îles-de-la-Madeleine qui était paru en 1976 dans la Revue de géographie de l'Université de Montréal. Nous y décrivions notamment les maisons typiques des Îles avec la présence de tambour, ce genre de portique qui fixé devant de la porte extérieure et qui permet de couper le vent toujours présent aux Îles. J’ai cherché ces tambours et j’en ai trouvé beaucoup moins aujourd’hui.

À la magnifique église de Saint-Pierre de Lavernière, deuxième plus grande église de bois au Canada, on trouve curieusement à l’entrée deux miroirs qui soulignent à leur tour l’impact du vent. Ces miroirs permettent aux femmes et sans doute aussi aux hommes de se recoiffer en entrant dans l’église après avoir subi le souffle d’Éole. Une manière peut-être de se regarder le corps et l’âme avant de prier Dieu!

Un des fromages les plus connus des Îles est le Pied-de-vent qu’on trouve aisément à Montréal. Ici encore il souligne l’omniprésence du vent. Un «pied-de-vent» est le nom donné au phénomène observé parfois quand des trous dans les nuages laissent passer ici et là des rayons de soleil qui forment alors une draperie. Ce phénomène est pour les Madelinots annonciateur de vent.

La visite de la timonerie

Au large de Matane, nous avons droit à une visite de la timonerie qui m’a rempli d’aise. Les explications données font prendre conscience du rôle du capitaine qui, selon les lois de la marine, est le seul à procéder à deux manœuvresdélicates, l’appareillage et l’amarrage du navire. J’ai compris aussi pourquoi on y trouvait non pas un, ni deux mais bien trois systèmes parallèles de contrôle de la vitesse et de la direction du navire (un à bâbord, soit à gauche si on regarde devant le navire, un autre à tribord, en plus de celui du centre). En effet, selon que le navire s’accoste à bâbord ou à tribord, il va de soi que le capitaine doit en effectuant les manœuvres pouvoir voir simultanément le côté de son navire et le quai, d’où cette triple présence de ces équipements.

Mais plus intéressant encore : l’écriture manuelle a encore sa place dans toutes les timoneries, en dépit des technologies modernes qu’on y trouve. En effet, le journal de bord, qui transcrit fidèlement tous les changements de cap, est rédigé obligatoirement à la main. La seule chose que le capitaine doit d’ailleurs apporter en quittant un navire en détresse, ce sera ce journal qui restera le seul témoin de ses décisions.

Il n’y a pas de Bar Top-Less aux Îles

Claude, notre guide pendant trois jours, nous a fièrement fait part de la solidarité des Madelinots. Ce n’est pas un hasard si l’entreprise qui offre cette destination est une coopérative des Îles qui embauche du personnel madelinot, particulièrement sympathique. 12 000 personnes regroupées sur des îles forment un groupe compact et tous se connaissent jusqu’à un certain point. L’entr’aide s’impose et devient une vertu obligée et partagée par tous. Mais cette qualité à son revers car il ne peut pas y avoir de Bar Top-Less aux îles. Quelques-uns ont essayé d’en ouvrir, mais ils ont vite fait faillite car cela ne prenait beaucoup de temps avant que tous sachent qui y était allé. Pas question de vivre un anonymat aux Îles, à moins d’être un visiteur de passage. Sur ce point je préfère Montréal.

Des changements climatiques

S'il y a une place au Québec où les changements climatiques sont fréquemment discutés mais aussi âprement subis c’est aux Îles. Non seulement ils ont les Mario Cyr et Jean Lemire, deux Madelinots connus pour leurs plaidoyers diffusés dans les médias, mais leur côte faite de grès très friable rougi par l’oxyde de fer se désagrège à une vitesse plus grande que prévue. Depuis quelques hivers, il n’y a pas eu de glace pour protéger pendant quelques mois leurs grèves des assauts de la mer. Les changements climatiques ont provoqué une légère hausse du niveau de la mer et des tempêtes plus violentes qui mangent ces belles falaises.

Si seulement Donald Trump pouvait passer quelques jours aux Îles…