2009: VOYAGE AU PÉRIGORD
Déjà 4 semaines d’écoulées en Périgord bien installé dans la ville de Périgueux. En fait, je triche ici car nous sommes allés visiter des amis, Jean-Claude et Alexandre, pendant une semaine dans la Drôme provençale (pas loin de Montélimard) afin d’explorer, grâce à eux, une partie de la Provence que nous ne connaissions pas. Nous sommes allés au pays de l’olivier et avons mangé tous les jours des olives qui avaient été cueillies à l’automne 2008 dont on dit que ce fut une grande année. Je ne saurai trop vous dire combien la vraie huile d’olive a bon goût et que cela n’a rien à voir avec l’huile d’olive achetée chez nous. Plus jamais vous me verrez acheter une bouteille à 10 et même 20$ au Canada (espérant me fier sur le prix pour compter sur un bon produit) car on ne parvient pas à nous vendre de la bonne huile à Montréal. C’est bête à dire mais la vraie huile d’olive goûte magnifiquement l’olive et pas seulement l’huile!

Quant aux gens, mes premières impressions iront aux Françaises. Cela ne m’avait pas sauté aux yeux lors du séjour précédent, mais dans l’ensemble elles ne sont pas jolies comme les femmes de chez nous. Je me suis posé la question si ce sont mes standards culturels qui déformaient ma perception, je ne crois pas. Serait-ce une forme d’attaque du démon du midi qui m’amène à cette réflexion, je ne crois pas non plus! Serait-ce le fait que j’ai encore frais à la mémoire toutes ces jeunes femmes étudiantes au sommet de leur beauté que je croisais à tous les jours en tant que professeur, j’espère que non! Dans l’ensemble elles ont les cheveux foncés marquant une origine méditerranéenne, elles sont moins maquillées, ce qu’elles cherchent peut-être à masquer par un parfum excessif. Jeunes et vieilles se parfument beaucoup. Micheline a été la première à faire cette remarque qui se vérifie chaque jour alors que nous parcourons les rues de la ville de Périgueux (à 1h30 de voiture de Bordeaux) où nous sommes installés pour encore deux semaines.

Nous sommes venus pour apprendre et se donner une couche de vernis dans les domaines les plus divers. En cela nous poursuivons la démarche amorcée il ya 2 ans et demi en Provence. Il me semble que le fait de ne pas être en sabbatique et donc n’avoir rien à prouver à mon retour, me laisse plus de temps en dehors du travail académique. Ce n’est pas que je n’ai pas apporté de projets d’écriture, en fait trois projets plutôt qu’un, mais je parviens plus facilement à me contenter des quelques heures que je vole à Micheline tous les matins alors qu’elle dort encore. Il y a eu le vocabulaire pour décrire châteaux et abbayes. Un escalier raide qui monte le long d’un rempart s’appelle un escalier pas-de-souris! Que c’est joli n’est-ce pas! et surtout, le mot ne s’oublie pas.

Je m’étais promis de consommer le vin comme les Français. Eux, ils l’achètent aux 5 et 10 litres dans des viniers ou encore ils vont chez un producteur et se font remplir un 10 litres dans un contenant de plastique pour le mettre en bouteille à la maison. J’ai fait pareil (quand on est à Rome, on fait comme les Romains) et j’ai goûté des viniers de Bergerac blanc, de rosé de Provence et le meilleur rouge d’appellation Bergerac, un Pécharmant. C’est bon ou plutôt correct, mais on ne met pas les meilleurs vins dans les viniers ou encore on ne vend pas d’excellents vins en viniers dans les supermarchés. Comme je suis allé à Gigondas dont la réputation du vin est aussi bonne que Château-Neuf-du-Pape, j’ai acheté un 5 litres de Gigondas qu’on m’a versé dans un contenant de plastique. J’ai fait la mise en bouteille avec le propriétaire chez qui on a loué l’appartement à Périgueux, et le vin est excellent et surtout bien meilleur que les viniers qu’achètent le Français moyen qui, comme chez nous, n’a pas les moyens de s’en acheter du bon à tous les jours.

Cela dit, il faut que je vous dise que les Français sont équipés pour la mise en bouteille. Première surprise : habitué à faire du vin, je lui demande pourquoi il ne fait pas bouillir de l’eau pour ramollir les bouchons de liège avant qu’on les insère dans les bouteilles. Réponse : je commettrais un crime si je faisais cela car le bouchon devient pour quelque temps trop poreux et risque d’endommager le vin. En fait, il me montre sa bouchonneuse qui n’a rien à voir avec la mienne puisqu’elle est sur un trépied et qu’elle comprime sans effort un bouchon de liège sec d’un diamètre d’un centimètre et demi à un bouchon d’un demi-centimètre!!! Vous essaierai de comprimer un liège sec et vous verrez combien son outil est performant!

Autre surprise : l’entonnoir pour verser le vin du bidon dans la bouteille. L’entonnoir est équipé d’un clapet qui ferme automatiquement l’écoulement quand la bouteille est pleine à un niveau laissant de la place pour le liège. On appelle ça un entonnoir antidébordement. FINIES les bouteilles trop pleines ou pas assez remplies!!! Comme je lui ai dit candidement : Ce soir je me coucherai mon niaiseux! Ce à quoi il répondit : vous voulez dire moins bête!!! Dès le lendemain, je suis allé m’en acheter un que je ramènerai au Canada en souvenir et qui s’avèrera sans doute pratique.

J’allais oublier que nous avons expérimenté depuis la France la nouvelle forme de conversation téléphonique qui est en train de faire fureur dans le monde occidental, à savoir la conversation visuelle et sonore par Internet. Grâce à une petite caméra et un logiciel appelé Skype on peut se voir et se parler en même temps. Nous avions prévenu nos enfants avant de quitter et ils s’étaient équipés en conséquence d’une caméra d’ordinateur (quant au logiciel, il est gratuit sur internet). Je ne vous dirais pas tous les plaisirs que nous avons eus à voir Étienne, Louis-Philippe, Nathalie, Camille et Justine à 5000 kilomètres de distance. Aujourd’hui dimanche, on communiquera de cette manière avec Marjolaine. Non seulement le coût est celui de l’utilisation de l’internet, c’est-à-dire très abordable (2,50 Euros l’heure) mais en plus on ne paie pas d’interurbain. Ce sont toutes les distances qui s’aplanissent, tout le non-dit quand on se voit en se parlant qui est ainsi communiqué.

La toute première fois ce fut avec Étienne que la communication s’est établie. Il était 9h00 du matin, heure de Montréal et il venait de se lever. En plan américain, Étienne torse nu nous répond. En arrière-scène, à 15 pieds plus loin, sa blonde Suzanne est au lit; assise, elle lit. Parce que nous la voyons, même si elle ne nous parlait pas, on lui dit bonjour et elle nous retourne notre politesse par un geste de la main nous indiquant qu’elle avait entendu. Le moment, quoique banal est magique. C’est leur quotidien auquel on assiste et le visuel a agrandi le champ de la communication. Comme Marjolaine vit maintenant à Toronto, il est clair que ce sera par ce moyen que, une fois revenus à Montréal, nous communiquerons avec elle. Même chose sans doute avec un ami comme Normand Fortin qui vit à Edmonton.

Voilà, pour le moment mes premières réflexions et apprentissages, histoire de vous dire que tout se passe bien.

* * *

Je vous faisais parvenir il y a quelque temps mes premières réflexions sur mes expériences périgourdines. Depuis d’autres sentiments se sont faufilés et m’ont fait prendre conscience de différences culturelles sensibles bonnes et mauvaises.

Il n’y a pas que des bons côtés à vivre en France. Ainsi moi qui n’ai pas inventé la patience, je trouve plutôt pénible le service aux caisses des grandes surfaces. Que ce soit au Carrefour, au Champion, chez Leclerc ou ailleurs, la même lente procédure. D’abord, la caissière est assise, ce qui déjà donne un avant-goût de la démarche : elle prend nécessairement son temps. Lentement elle prendra vos billets et vous donnera la monnaie, si vous payez comptant bien sûr. En fait 8 clients sur 10 paient avec une carte bancaire appelée ici la carte bleue de sorte que le service est encore ralenti. Ralenti parce que la cliente rangera d’abord ses achats dans ses sacs réutilisables appelés ici des poches. Ralenti parce qu’elle ouvrira son sac à main, tout en entretenant la conversation avec la caissière. Ralenti par le temps qu’elle prendra à inscrire son code et mot de passe sur le lecteur optique. Pendant ce temps, qu’est-ce que faut Gaudreau, il attend un sourire vaguement esquissé avec ses sous prêt à payer ses achats et se dit toujours qu’il a choisi la mauvaise caisse car à côté cela lui semble toujours aller beaucoup plus vite!!!

L’utilisation de la carte bleue est aussi encouragée par les autorités françaises sur les autoroutes payantes, lesquelles sont coûteuses –cela nous a coûté 42 Euros (environ 65$) pour faire 600 kilomètres– mais d’une grande fluidité. J’ai vu jusqu’à 10 guichets où on ne pouvait payer qu’avec cette carte contre 2 guichets où on payait uniquement comptant. Cela dit, sur les autoroutes l’habitude n’est pas prise encore de payer avec la carte bleue car tout le monde se rue vers les deux guichets qui n’acceptent de l’argent sonnant et trébuchant! Allez comprendre!

Toujours au sujet de la patience. Une chance que Micheline en a avec moi car sur les routes, j’ai tendance à pester, trouvant toujours que l’on ne va pas assez vite. Il faut dire que les panneaux ne sont pas toujours très clairs quant aux limites de vitesse. La plupart du temps dans un village la limite est indiquée et cette dernière est souvent de 50 kilomètres, mais peut être réduite à 30 ou au contraire augmenter à 70, s’il s’agissait d’un hameau. C’est à la sortie du village que cela se gâte car il arrive souvent que la fin de la limitation de vitesse soit escamotée de sorte que Gaudreau a tendance à deviner trop rapidement l’endroit où on peut reprendre de la vitesse!!. Le pire est qu’au cours de notre première semaine nous nous sommes faits flashés comme ils disent, c’est-à-dire qu’un radar automatisé nous a pris en photo. On recevra la facture sans doute en remettant la voiture et comme elle sera salée (autour de 100 Euros selon nos amis) inutile d’ajouter que Micheline redouble de prudence se sentant en quelque sorte –mais sans raison– fautive.

Diabétique, je tiens à ma routine de 3 marches quotidiennes, une après chaque repas. J’écoute donc la radio quand cette marche est prise en solitaire. Ma station radiophonique préférée est France- Culture qui me gave de propos et de réflexions qui soulignent surtout ma grande ignorance. Imaginez à 7h55 les matins de semaine, soit juste avant le grand bulletin de 8h00, un philosophe plutôt âgé du nom d’Alain-Gérard Slama nous livre une chronique à partir du livre de l’invité du jour qui est interviewé entre 7h45 et 9h00. Quel être de connaissance! Sur la souffrance des animaux et le droit à leur intégrité, on m’apprend que la souffrance chez l’humain diffère jusqu’à un certain point de celle des animaux du fait que l’on sait qu’elle peut cesser, que des remèdes, le temps ou les prières pourront nous guérir, atténuant ainsi la douleur. Chez l’animal, la douleur serait immédiate et pleinement ressentie sans mécanismes psychologiques ou religieux qui viennent lui donner un sens moins immédiat! Inutile d’ajouter que lors de cette longue entrevue, on ne contente pas de quelques questions superficielles. Ils sont parfois deux ou trois experts à débattre avec l’auteur de son livre. Je me régale!

Depuis notre arrivée à Eymet, un gite rural de la Dordogne situé plus au sud, le rythme de vie a changé. On entame la 2e partie de notre voyage en vivant ici pendant 7 semaines. Ici c’est la campagne dans une résidence somptueuse. Il y a de la place pour 8 personnes, 2 salles de bains et une toilette. Un calorifère à eau chaude dans chaque pièce. Un régal selon les standards français! Et on finalement à la maison l’Internet. Je me sens retrouver la vue mais qui me croyais aveugle depuis la perte de ce mode de communication à notre arrivée. On appelle ça de la dépendance je crois. N’empêche que vendredi un courriel m’attendait et contenant les épreuves finales de mon livre qui sort le 10 mai, j’avais intérêt à mettre la main dessus afin d’avoir la fin de semaine pour revoir encore le texte afin d’y faire les dernières corrections. J’ai empêché ainsi la publication d’un livre qui autrement aurait contenu quelques fautes graves dont une entête de chapitre ridicule.

Dernière nouvelle : je me suis finalement trouvé un bon blanc depuis notre arrivée à Eymet. Il s’agit d’un Sauvignon blanc Côtes de Duras qui est produit ici à 10 kilomètres (il faut dire que nous habitons à la frontière avec la Guyenne). Les blancs de Bergerac étaient insipides mais les Sauvignons des Côtes de Duras ont du caractère. Aujourd’hui on ira chez le producteur acheté un 5 litres de son vin que nous mettrons nous-mêmes en bouteille de retour à la maison (grâce à mon entonnoir anti-débordement!!!).

Chaque soir , on se couche moins niaiseux!