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Je commence mes impressions de voyage à Marseille sur une idée que j’exprimais à des amis juste avant notre départ. Cette idée était que je me trouvais chanceux de profiter autant de ma retraite en voyageant comme bon me semble. Réfléchissant sur les causes profondes de cette chance de profiter autant de la retraite sans trop se soucier de problèmes d’argent ─qui restent le quotidien de bien des gens du 3e âge─, j’ai cherché à comprendre pourquoi cela m’arrive à moi. Cette aisance toute relative ne provient pas en tout cas d’un fabuleux patrimoine familial dont j’aurais hérité car, sur le plan financier, je n’ai pour ainsi dire rien reçu de mes parents, pas plus d’ailleurs qu’eux-mêmes avaient hérité de mes grands-parents. Dans mon histoire familiale, je constitue sans doute une rupture par rapport à des ancêtres qui n'ont toujours eu que le strict nécessaire pour vivre. Certes, j’aurai fort bien gagné ma vie en allant travailler à Sudbury pendant plus de vingt ans. Mais les bons salaires ne sont venus qu’à la fin de la trentaine. N’avoir jamais eu à dépenser un sous pour une voiture m’a certainement aidé, mais ce qui a fait vraiment la différence c’est d’avoir rencontré Micheline, d’avoir fait équipe ensemble et surtout d’avoir réuni nos talents et nos ambitions. C’est la première fois que nous venons en France sans louer une voiture. Il est vrai que le choix de vivre dans un petit appartement en plein centre-ville de Marseille (chercher les «Cinq avenues» sur Internet) favorisait ce choix. L’appartement est petit avec une seule chambre, mais il y a un divan qu’utilise Micheline et il est fort confortable sans compter sa centralité. Dans un tel contexte, recevoir de la visite est exclus, mais nous ne resterons que trois semaines! Les courses se font à tous les jours : un Carrefour City à 2 minutes à pied, un Casino à 5 minutes et un Monoprix à 6 minutes nous permettent de nous approvisionner. Bien sûr, ce ne sont pas les grandes surfaces (les épiceries de chez nous) que nous avions l’habitude de fréquenter dans le passé alors que nous avions une voiture. Les choix sont limités, mais fort corrects. Il y a toujours des marchés de fruits et légumes et sans compter une bonne boulangerie avec baguettes et pains aux céréales qui nous comblent. Notre-Dame de la Garde Certains savent que Micheline est une des rares Québécoises à suivre religieusement depuis déjà neuf ans un téléroman français diffusé 5 jours semaine et intitulé Plus belle la vie (que l’on peut suivre en rediffusion sur TV5 et en direct sur RFO). L’action de ce téléroman se passe à Marseille et dans le générique de l’émission on peut apercevoir des images classiques et fétiches de Marseille. Parmi celles-ci, il y a sa célèbre basilique qui domine la ville, Notre-Dame-de-la- Garde.
J’avais toujours cru que «de la Garde» provenait du rôle de protectrice attribué à la Vierge-Marie. Or, il n’en est rien, c’est la colline où est érigée la basilique qui se nomme ainsi. Il y a des siècles que le site était un lieu d’observation pour guetter les navires qui arrivaient au port. Rapidement au Moyen Âge le lieu prit le nom de La Garde. Voilà pour l’explication. Je me suis couché moins bête.
Le niveau zéro de la mer Quand on était jeune, on apprenait dans nos cours de géographie les noms des plus hauts sommets du monde ainsi que la hauteur du mont Everest, en pieds bien sûr. Son élévation avait été calculée, nous disait-on, par rapport au niveau de la mer. Ne connaissant pas la mer et n’ayant pas vu les spectaculaires marées de Saint-Malo, je ne m’étais jamais interrogé sur la relativité de ces informations apprises par cœur. Compte tenu du déplacement incessant du niveau de la mer selon les marées, comment avait-on fait pour dire que le niveau zéro de la mer était celui-ci plutôt que celui-là? Et quelle mer avait-on choisie, pour déterminer cette hauteur de 0 mètre d’altitude? Vous me voyez venir, c’est la Méditerranée qui a servi pour cette donnée essentielle aux calculs géodésiques pour toute la planète. Et c’est à Marseille, près de l’anse de la Fausse Monnaie, qu’un marégraphe fut installé en 1883. Après 11 ans d’observations quotidiennes, on établissait finalement ce fameux niveau zéro de la mer. Les deux bâtiments du site ne paient pas de mine et ne valent guère le déplacement, mais passant devant par hasard, je me suis rappelé ces cours de géographie en Abitibi au début des années 1960! Deux monuments aux morts qui interpellent Combien de fois avons-nous traversé un village de France avec son monument aux morts de la guerre de 1914-1918? Tous les villages de France en ont un, avec souvent le nom de leurs concitoyens morts au champ d’horreur ─comme disait Brel dans sa chanson Jaurès. Quelle ne fut pas ma surprise d’en apercevoir un, près de l’église Les Réformés, érigé en mémoire des soldats du département, Les Bouches du Rhône, non pas de la guerre 1914-1918 mais plutôt de celle de 1870-1871! Un magnifique monument avec tout autour des soldats grandeur nature chacun avec des visages distincts. Cette guerre qu’on connaît peu au Canada est celle qui, simplifions les choses, voit l’Allemagne sortir gagnante et qui, à la fin du conflit, va annexer l’Alsace et la Lorraine que la France va récupérer à la fin de la Première Guerre mondiale.
La Marseillaise
Venir à Marseille à sans s’enquérir de l’hymne national français aurait été inconvenant. C’est pourquoi nous sommes allés au Mémorial de la Marseillaise, situé dans un quartier populaire de la ville. Le cap Canaille Guy et Christine, les propriétaires du gîte, nous ont offerts de découvrir Marseille et ses environs en voiture. Ils n’ont pas l’habitude d’offrir ce genre de ce service, mais nous trouvent de bonne compagnie. Il y a quelques années, nous avions fait sans nous arrêter la route des crêtes entre Marseille et La Ciotat. Comme eux savent où l’on doit s’arrêter pour admirer le paysage, on accepte la destination. Quel paysage à couper le souffle depuis le cap Canaille!
Le jeu romain des osselets Lors de notre visite au Musée d’histoire de Marseille que nous avons adoré, je vois sur une table des noix et des osselets en plastique de un à deux centimètres que les enfants peuvent manipuler afin de jouer comme on faisait au temps des Romains. J’avais vu dans la bande dessinée Astérix des scènes de Romains jouant aux osselets, l’ancêtre du jeu de dés, sans connaître les modalités ni les enjeux. C’est à ce Musée que j’ai su. Le jeu présenté au Musée ─sans doute y avait-il des variantes─ se joue avec quatre osselets que l’on lance sur une table. Puisqu’en raison de sa forme, chaque osselet compte seulement quatre faces, on entrevoit les combinaisons qui, paraît-il, seraient au nombre de 35.
Bien réussir son séjour à Marseille S’informant des coûts du transport en commun à l’Office de tourisme de Marseille dès notre arrivée, on nous apprend l’existence d’une passe hebdomadaire au coût de 13,50 Euros avec utilisation illimitée, y compris la navette maritime vers l’Estaque, qui à elle seule coûte 5 Euros par trajet. L’émission de cette passe exige une carte d’identité afin d’y inscrire notre nom mais également une photo de format passeport qui sera numérisée sur place. Ayant déjà notre passeport, nous croyons la formalité résolue, mais il n’en est rien, car il faut une nouvelle photographie de sorte qu’on nous suggère de revenir muni d’une photo. Heureusement que juste à côté, il y a une de ces machines automatisées de prise de photo, qu’on appelle ici Photomaton. Le coût est de 5 Euros, mais à l’inverse de chez nous où plusieurs photos différentes peuvent être prises consécutivement (ce qui nous aurait permis de tirer nos portraits dans la même séance), ici c’est la même photo qui sera imprimée 5 fois de sorte que nous devons à tour de rôle insérer 5 Euros dans la machine. Un peu agacés par la procédure, on se présente néanmoins pour l’émission de la passe qui est alors une formalité. Soyez patients, cela vaut la peine pour toute la liberté de déplacement que cela procure, y compris les brefs retours au gîte pour dîner, le court déplacement pour éviter des pas, un tour de tramway, etc.
À propos de deux conversations Micheline et moi sommes dans le métro, un monsieur en face de nous adresse la parole. Utilisant le patois marseillais, on comprend à peine ce qu’il nous dit, mais on fait semblant de suivre la conservation, après tout, nous sommes des gens polis! Deux jours plus tard, même situation, un autre homme nous tient la conversation alors que nous nous déplaçons dans le métro. De retour à la maison, cela me frappe soudainement : l’aménagement de l’intérieur des wagons du métro de Marseille est différent du nôtre, car les passagers doivent obligatoirement se regarder assis sur des bancs qui se font systématiquement face. Chez nous, les concepteurs des wagons disposent les sièges pour nous isoler les uns des autres, en nous mettant dos à dos ou en nous forçant à s’asseoir de côté, on veut nous laisser dans notre bulle et refuser le dialogue. Pourtant leur métro est relativement neuf et les autorités marseillaises ont demandé un aménagement en harmonie avec sa communauté qui est si invitante pour les conversations. Moi qui, à l’image de mon père, aime parler avec les gens, je préfère ça à notre individualisation de l’espace public. La Cité radieuse de Le Corbusier
En terminant ces impressions de voyage sur Marseille, quelques mots sur Le Corbusier qui a travaillé pendant quelques années sur un immense complexe domiciliaire à Marseille, qu’on appelle aujourd’hui Si on parle de cité plutôt que de complexe domiciliaire c’est que le bâtiment de 18 étages coloré de couleurs primaires et de vert, abrite une école encore ouverte et des commerces dont ne subsiste aujourd’hui que la boulangerie. Comme il avait prévu dès le départ la conservation d’une unité modèle pour les années à venir, on peut visiter un logement tel qu’aménagé à l’origine. Orienté parfaitement nord sud, le bâtiment se présente en oblique par rapport à la rue qui le borde, avec au nord une façade aveugle pour faire face au mistral. Les logements de différentes dimensions ont comme caractéristiques d’avoir à la fois de grandes ouvertures vers l’est et vers l’ouest permettant l’accès à un balcon de chaque côté qui prolonge le logement. Il faut voir la cuisine à aire ouverte dotée d’un four électrique, d’une hotte, d’un évier double, mais d’une glacière –les réfrigérateurs de l’époque sont encore trop volumineux─ et avec rien de prévu pour laver le linge, sans doute en raison d’une buanderie dans les espaces commerciaux.
À peu près au même moment où Matisse termine sa chapelle du Rosaire, que nous avions tant aimée l’an dernier, Le Corbusier avec l’aide de nombreux et brillants collaborateurs, réalise cette œuvre grandiose qui demeure un rappel de l'insignifiance de ce que je laisserai à l’humanité!
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